Rencontre du troisième type
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MessageSujet: Rencontre du troisième type Dim 29 Jan - 20:26
Tic et tac

Tes yeux suivent mollement le mouvement régulier des aiguilles de l'horloge. Il faut bien fixer quelque chose.

Tac et tic

Le bruissement du papier vélin te fait baisser les yeux sur ton bureau. Une page se soulève, hésite, fait mine de retomber avant de se tourner. Adieu formules de politesse, bonjour hiérarchie sociétale.

Tic et tac

D'un geste vif tu bloques le coin de ton livre du bout des doigts, empêchant domo et sensei de disparaitre à leur tour. Tu aurais dû y penser pourtant. Il y a toujours un vent coulis à cette table. Toujours. Pourquoi as-tu décidé de venir ici ?

Tac et tic

Tu penses
(Tu penses toujours en ce moment)
Tu penses que tu ne devrais pas être là.
Tu devrais être à Tersac
en train de préparer ton bac. Là bas, il n'y a pas de vent coulis, pas de domo et de sensei, pas de cours de maitrise des pouvoirs.
Tu devrais être en France, entamant une nouvelle année scolaire.
Tu as un nouveau sac à étrenner et un agenda à remplir. Il y a une faute dans l'intitulé du réglement intérieur. Sodebo comme prof de chimie, ça craint. Des frites à la cantine le jeudi. Joel doit te faire tester ses cigarettes.
(nevermore croassa le corbeau)
Tu devrais être ailleurs. Juste. Ailleurs.
Ailleurs avant.

Tac et tic

L'horloge aspire ton regard. Elle n'attend pas, l'horloge. Elle court elle court elle court vers après, vers ensuite, vers demain.

Tic et tac

Tu détestes cette horloge. Si tu pouvais, tu arracherais à main nue sa trotteuse. Alors tout s'arrêterait enfin. Un moment d'arrêt, un moment de réflexion. Un moment pour tout arrêter, arrêter d'être soumise aux devoirs et nécessités et t'accorder le temps de
(pleurer)
de
(réjouir)
de
(choisir)
Tu ne sais plus.
Ce moment n'existe pas de toute façon.

Tac et tic.

Tu penses qu'il est en retard.
Qu'il ne viendra pas.
(personne ne viendra)
Pourquoi attendre ? Personne ne sait rien de toute façon. L'histoire est morte avec ta famille, ta famille mourra avec toi. Arrêtez tout, rangez vos affaires, la cloche a sonné, tout le monde rentre chez soi chez soi chez soi chez soi
(C'est quoi "chez soi" ?)
Pourquoi ? Tu le sais bien Aliénor. Parce qu'on te l'a demandé. Tu es une jeune femme responsable, tu dois faire tout ton possible pour que Murgleis et ta famille survivent. Tu dois rendre l'impossible possible.
Souris. Encaisse. Survis.

Tic et tac

Toc toc.

Avant même de réaliser, tu es déjà debout. Tu ne pensais pas être aussi sur les nerfs. Quelqu'un est là ? Est-ce que c'est lui ? Vraiment lui ?
Ogramann se lève de son bureau et de sa drôle de démarche va ouvrir la porte. Ses yeux croisent les tiens briévement, tu frissonnes sans savoir pourquoi. La porte s'ouvre. Derrière se tient
(se dresse)
Un homme. Juste un homme. A ses pieds, des chaussures à bout pointu. Au coin de ses lèvres, un mégot. A ses yeux, des lunettes noires. A ses cotés, rien. Ni fourreau, ni sac. Aucune arme. Ce n'est pas lui.
Et pourtant, le professeur lui fait signe d'entrer et referme la porte derrière lui.
Non. Ca ne peut pas être lui. Pas quelqu'un d'aussi
(normal)  (froid)    (désarmé)        (anodin)
Tu regardes Ogramann, incertaine. C'est lui qui est censé l'aider ? Ce type habillé comme s'il sortait du tournage des Blues Brothers ?
Mais tu es une jeune femme responsable Aliénor. Tu dois obéir.

- Bonjour.

Ta voix est claire. On te sent sur la défensive et perplexe. En tant que femme, tu devrais maitriser la situation ; en tant qu'héritier
(héritière !)
tu devrais imposer ta vision. Et pourtant, tu ne le sens pas comme ça : tu te sens juste perdue. Malgré toi, ton regard se reporte un bref instant sur la hanche de l'homme, là où tu craignais et espérais en même temps voir une lame.
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MessageSujet: Re: Rencontre du troisième type Mar 31 Jan - 23:39
Depuis son entrevue avec Greg, une semaine s’était écoulée. Une semaine à la fois courte et longue. Une semaine bien différente de celle de l’Académie. Une semaine en enfer. Une semaine en Suède. La Suède. Son pays, ses racines, son Histoire. Sven savait qu’en y allant il allait passer du mauvais temps, entre éviter de se faire repérer par les membres d’Hemlig étant restés fidèles à Smitherson et éviter que ces derniers, s’ils le repèrent, puissent aller parler au patron de la Mafia. Sa semaine se résuma dès lors en un mot : Combat. Il savait qu’il n’y était pas parti pour prendre des vacances, mais là c’était quand même dur. D’autant plus dès qu’il commença à s’approcher du coffre des Sigvald, se trouvant dans la sépulture d’Isak Sigvald. Comme il s’y attendait, il y avait des gardes de Smitherson non loin. Comme il s’y attendait, ce n’étaient pas des manchots. Et comme il s’y attendait, il galéra à s’en débarrasser. Merci pour le bouclier Kulis ! Mais au moins, il pouvait rentrer facilement dans la sépulture, vu que seul le sang des Sigvald était à même de pouvoir ouvrir une brèche dans l’ensemble des runes défensives se trouvant autour de la tombe. Et enfin il put faire ce pourquoi il était venu. Des runes. Quand il sortit de la sépulture, il dut une nouvelle fois combattre pour rejoindre l’aéroport et rentrer au Japon. Smitherson savait qu’il était en Suède. Mais il ne bougeait pas. Non. Il voulait que ce soit le suédois qui vienne à lui. Chaque chose en son temps …

Il n’avait pas fait ce voyage en vain. Aujourd’hui, comme convenu, il allait rencontrer la personne. Celle qui comme lui était maudite par une lame. Une personne qui, d’après ce qu’il savait, était perdu et essayait de combattre son destin. Il pouvait l’aider. Tout du moins essayer. Alors que l’horloge tournait, le suédois prit le temps de se préparer. Changement de bandages, injection d’antidouleurs, désinfection de ses nombreuses blessures … Le jeu en valait la chandelle. Ce n’est pas tous les jours que deux maudits se rencontrent. Le suédois prit ensuite le temps de s’installer à sa fenêtre afin de fumer une cigarette. Tranquillement. Il en profita pour repenser à toutes les informations qu’il avait sur la personne. Sur la lame. Ensuite,  il remit sa chemise et son veston et regarda Kulis. La lame se trouvait là, allongé sur le lit. Elle avait dû tomber pendant que le suédois se préparait. Sven se mit à sourire, prit Kulis, lui appliqua la rune la rendant invisible à tous et l’installa sur son flanc gauche. Enfin, il vérifia les runes qu’il avait faites en Suède et les installa dans son veston, dans la même poche que ses cigarettes, histoire de ne pas les oublier. Puis son regard se tourna vers l’horloge et …

Détalant tel un lapin dans les couloirs, le suédois courrait à vive allure. En retard. Il allait être en retard. Ca ne lui était jamais arrivé depuis son entrée dans Hemlig à l’âge de 14 ans. Et ça ne devait surtout pas commencer aujourd’hui. Après deux minutes de course, le surveillant se trouva devant la porte de Greg. Là où le rendez-vous avait lieu. Mais surtout, il était arrivé un peu en avance grâce à sa hâte. Il put donc profiter du temps restant pour remettre parfaitement son smoking et s’allumer une cigarette avant de toquer à la porte. Ouvrant la porte, Greg lui fit un rapide salut de la tête. Sven fit de même puis entendit une voix claire résonner.

??? : Bonjour.

Le suédois se tourna vers la source de la voix et eu un petit sourire. Une jeune fille se tenait là. Elle était droite, fière. Mais en même temps Sven la trouvait peu sûre d’elle, perdue. Le contraste était saisissant. Le surveillant se tourna vers le professeur, qui acquiesça sans même avoir entendu la question. La personne, c’était bien cette jeune fille. Le suédois n’était pour autant pas surpris. Vu qu’il n’avait aucune information sur l’identité de la personne, il s’attendait à tout. Même à des choses plus étonnantes en soit. L’ancien mafieux en profita dès lors pour fixer la demoiselle tout en regardant autour de lui. Il ne voyait pas Murgleis. Soit elle était runée comme Kulis, soit elle n’était pas là. Cette option était la plus logique dans l’esprit du suédois vu que Greg lui avait expliqué que la personne cherchait justement à éviter d’avoir la lame en sa possession. Or, si elle cherchait à l’éviter, c’est que cela lui était destiné. Le serpent se mordait la queue.

Sven sortit de sa réflexion. Il avait tout le temps d’analyser toutes les situations possibles après avoir discuter avec la jeune fille. Et surtout, cette dernière pouvait lui donner des informations. Mais pour le moment, il fallait faire autre chose. D’autant plus que le regard de la jeune fille portait sur Kulis, même si elle ne le savait pas au regard de son regard hagard. Le suédois prit une bouffée de cigarette et prit la parole.

Sven : Bonjour. Je me nomme Sven Alexanderson…

Suivant le regard de la jeune fille, sa main droite attrapa le fourreau de Kulis, ce qui révéla la lame maudite sous sa forme katana.

Sven : … et voici Kulis. Tu en as peut-être déjà entendu parler.

Le surveillant montra la lame à la jeune fille comme si elle était une personne proche. Il savait que son action était dangereuse pour lui et on secret. Mais quelque part, il ne pouvait s’empêcher de faire ainsi. Et si jamais tout ceci était un coup monté par Greg pour récupérer la lame … Non. Ne pas penser ainsi. Tout du moins pas maintenant. Pas sans savoir si tout ceci était bien vrai. Mais si le professeur s’était joué de lui …

Le suédois réinstalla Kulis dans son fourreau et alla chercher une chaise afin de s’installer non loin de la jeune fille. Non loin, mais pas trop près non plus, histoire de lui laisser son espace vital. Elle était perdue, ce n’était pas le moment de venir lui marcher dessus.

Sven : A ce que j’ai entendu, tu es la future porteuse de Murgleis. Je peux potentiellement t’aider. Cependant, il va falloir que tu me parle un peu de toi et de la lame. En échange, je te parlerai de moi et de ma lame. Un secret contre un secret.

Le surveillant regarda la jeune fille dans les yeux, leva la tête et prit une nouvelle bouffée de cigarette.

Sven : Mais avant, tu comprendras que je veux être bien sûr que tu sois l’héritière de Murgleis. Dès que j’en aurais le cœur net, alors nous pourrons voir comment je peux t’aider.

Le suédois regarda Greg droit dans les yeux. Ce dernier était gêné. Et c’était compréhensible. D’un côté, il se devait de rester dans la salle. Mais d’un autre, il semblait comprendre qu’in fine il n’aura rien à y faire. Surtout que le suédois ne dira rien de secret en sa présence. Ayant vu que le professeur l’avait compris, le suédois se tourna de nouveau vers la personne.

Sven : Une fois que j’aurais la confirmation, je te laisserai me poser la première question. Histoire que tu puisses mieux me connaitre.

Le suédois reprit une bouffée de cigarette. Il était désormais dans l’attente. L’attente de savoir si tout ceci était bien réel. Si en face de lui il y avait bien une autre personne comme lui.
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MessageSujet: Re: Rencontre du troisième type Mar 7 Fév - 20:31
Sven Alexanderson.

Un instant, tu te sens presque retrouver les gestes de l'Aliénor d'avant. Un sourire, un hochement de tête, une main tendue et tu te présenterais. Tu t'imagines lui demander avec un intérêt parfaitement simulé si cela fait longtemps qu'il est arrivé ici et si cela ne le change pas trop de son pays d'origine. A sa première plaisanterie, un sourire suivi d'un léger gloussement si cela se justifiait. Toujours rester tournée vers lui, tête et corps, esprit et attention jusqu'à ce qu'il sache que tu le trouves digne d'intérêt. Être polie, aimable, appréciée.

Un instant. C'est bien
(trop court)
trop long.

Sans t'en rendre compte, tu as croisé les bras. Tu ne le réalises que maintenant, lorsque l'impulsion de tendre la main se heurte à ta position défensive. Comme si une paire de bras croisés pouvait protéger qui que ce soit : c'en est presque risible. Tu expires, t'obliges à te détendre. Tes bras retombent de part et d'autre de ton buste, mollement.

"Aliénor Echavarren" te présentes-tu à ton tour. Ignorant quelle salutation apprécie Sven Alexandersen, tu t'inclines légérement face à lui comme l'exige le protocole japonais.

A peine es-tu relevée que tu le vois porter sa main à sa garde. Le geste t'est familier. C'était l'un des tics d'Elric, aussi régulier et normal que de repousser cette mèche très longue qui lui fouettait la tempe au moindre mouvement.Si familier que tu mets une seconde à réaliser qu'il n'avait rien à la ceinture en entrant. Tes yeux se reportent sur son coté : ses doigts enserrent un pommeau et
DEGAINE
tu n'as même pas le temps
LAME AU CLAIR
de réaliser ce qui se passe
FUIS
Ton coeur bat à tout rompre. Un geste. Un pas en arrière, puis deux. Tu heurtes la table de la rangée suivante. Tu manques tomber. Tu t'arrêtes, mains sur le plateau du bureau, presque juchée dessus. Tu ne peux pas dégager ton regard de la lame d'acier dégainée brandie dans ta direction. Une lame dégainée. "Pour rengainer, il faut prendre une vie." Ca, tu le sais. Pourquoi ? Pourquoi t'agresse-t-il ?!

Avec un temps de retard, les mots parviennent à ton cerveau. Kullis. La voix est neutre à défaut d'être amicale. Tu ne comprends pas. Il t'agresse. Il ne t'agresse pas. Oui ? Non ? Ton coeur palpite, ton corps hésite, cerveau en mort subite. Tes mains restent crispées sur le bois, tu t'imagines comme dans un rêve la table plier sous une force invisible. Ta semelle gauche glisse sur le sol ; tu pédales plus pour rester d'aplomb que pour reculer. Ce n'est plus de la panique instinctive mais tu n'en es pas bien loin.

Ce n'est que lorsque Sven Alexanderson rengaine sa lame que tu oses enfin respirer. Te remettre droite. Revenir lentement à ta place. Caler tes mains légérement tremblantes entre tes genoux, hors de vue. Tu coules un regard rapide en direction d'Ogramann qui est resté au fond de la salle et t'observe. Tu comprends mieux pourquoi il a tant insisté sur le fait qu'il restait à proximité tant que tu le souhaiterais. Tu lui en es reconnaissante et pourtant, tu lui en veux tout autant d'avoir prévu ton comportement avant que tu ne saches toi-même ce que tu allais faire. Résolument, tu t'obliges à tourner la tête en direction de Sven Alexanderson.  

-A ce que j’ai entendu, tu es la future porteuse de Murgleis. Je peux potentiellement t’aider. Cependant, il va falloir que tu me parle un peu de toi et de la lame. En échange, je te parlerai de moi et de ma lame. Un secret contre un secret.

Un secret contre un secret... Un instant, tu essaies d'imaginer comment auraient réagi ton oncle et tes frères face à cette proposition. Probablement qu'ils auraient tempêté. Hurlé. Combattu. Hadrien notamment, qui ne tolérait même pas qu'on prononce le nom de l'arme en dehors des murs épais de la demeure familiale. Révéler ce qu'ils savaient de Murgléis, à un étranger...
Mais toi, Aliénor
(You know nothing)
tu ne sais rien de toute façon. Comment pourrais tu trahir un quelconque secret ? Le peu de connaissances à ta disposition, tu l'as grapillé à force de suppositions et d'indices glanés dans ton enfance. Même si tu voulais... tu ne pourrais pas. Piétre héritière que tu es...

Pourtant, tu hoches vivement la tête une fois, deux fois. Lèvres serrées, tu essaies de te rappeler tout ce que tu as jamais su à ce sujet. Plus que des informations, te rends-tu compte, ce que tu veux c'est... parler. Parler à quelqu'un qui comprenne vraiment ce que c'est que d'avoir ce poids à trainer. Cette arme. Ce passé.
(Ces morts)
Ce...péché. Tout ça.

-Mais avant, tu comprendras que je veux être bien sûr que tu sois l’héritière de Murgleis. Dès que j’en aurais le cœur net, alors nous pourrons voir comment je peux t’aider. Une fois que j’aurais la confirmation, je te laisserai me poser la première question. Histoire que tu puisses mieux me connaitre.

Prouver qu'on est l'héritière, toujours. C'est normal pour toi qui n'avais jamais pensé qu'héritier puisse être accordé au féminin. Tu desserres les genoux et libères tes mains ; de la droite, tu entreprends de rouler la manche gauche de ta veste jusqu'au coude, puis de rebrousser celle de ta chemise en dessous.

Sur la face interne de ton avant-bas, ta chair marquée réfléchit faiblement la lumière blanche du néon au dessus de vous. Tu te sens comme un spécimen dans une salle de dissection à exhiber ainsi à tout va ta marque. C'est que d'ordinaire, tu la dissimules du mieux que tu peux, cette cicatrice. Une croix grossière qui semble brulée plus que tatouée sur ta peau ; si on y passe le doigt, la peau est épaisse et rigide sur son pourtour. Tu le sais parce que tu as passé des heures et des heures à palper cette zone, incrédule, espérant quand ce ne soit qu'une hallucination - et chaque fois, cette cicatrice de chair dure te donnait la nausée à te ramener à la réalité. Quelques secondes de vision suffisent pour que tu sentes ton estomac se retourner d'ailleurs, t'obligeant à détourner le regard. Mécaniquement, tu t'obliges à respirer 5 fois lentement et amplement pour calmer la sensation, regard perdu sur la table voisine.

"Ca vous suffit ?"

Toute agressive qu'elle soit, ta remarque a plus l'air d'une prière que d'autre chose. Tu te sens vraiment mal - et ce n'est pas que la marque, réalises-tu, mais aussi le néon, la lumière blanche
(lueur d'hopital)
qui te rappelle de mauvais souvenirs
(chair à peine vivante, bruit de ventilation mécanique)
et te donne juste envie de courir, courir loin d'ici, loin de maintenant.

Manche rebaissée, violemment ; l'encolure de ta veste suit, te scie le cou du coté opposé. Avec une grimace tu remets correctement ton vêtement. Tes mains viennent retrouver leur bon vieux refuge, entre tes deux genoux noueux. Tu serres, serres, comme pour les empêcher de remonter à la lumière de
(la salle de réa)
la classe. Ca va aller, te dis-tu. Ca va aller. Après tout, il sait ce que tu traverses.

Non ?

Ta tête se relève d'un coup, yeux revolver rivés sur le prof au fond de la salle. Il sait, pas vrai ? Ce n'est pas juste un stratagème pour la faire parler ? On l'a poussée à aller voir quelqu'un pour parler mais elle a toujours refusé. Les profs n'auraient pas osé la piéger, hein ? Ils n'ont pas le droit ?

Malgré toi, tes mains se sont cramponnées l'une à l'autre. Tu t'inquiètes. A tort ou à raison. C'est juste presque trop beau pour être vrai. Ton attention se reporte sur Sven Alexanderson, cherchant sur son visage le moindre signe de sourire, de malice, de mensonge.

"Vous en avez une aussi ?" dis-tu - et cette fois-ci, on entend clairement dans ta voix une touche de défi.
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MessageSujet: Re: Rencontre du troisième type Ven 10 Fév - 14:00
La peur. Voilà ce qui transparaissait de la jeune femme. Cette peur donnait beaucoup d’informations. En même temps, Aliénor, c’était son nom, ne faisait rien pour les cacher. En fait, elle ne semblait jamais n’avoir eu à les cacher. Elle avait peur. Peur de Kulis. Sa réaction en voyant le suédois dégainer le prouver. Au-delà de Kulis, elle avait peur pour sa vie. Le suédois la regardait lutter frénétiquement et instinctivement contre elle-même, à la recherche d’un quelconque confort. D’une quelconque sécurité. Mais il n’y en avait pas. Elle était transie par la peur. Elle n’avait jamais appris à se battre. Elle n’avait jamais été face au danger. Elle n’avait jamais été entrainée. Et elle ne semblait n’avoir jamais été aussi proche de la mort. Elle tremblait, elle était à la limite de perdre ses nerfs. En clair, elle n’était pas préparer à cela. Pour le suédois, cette vérification était importante. Il comprenait mieux désormais ce que Greg lui avait dit. Il y avait cette impression que la situation actuelle lui tombait dessus sans avoir prévenu. Que jamais, au grand jamais, elle n’avait été préparée pour le combat. Ce qui est un comble pour un possesseur d’arme maudite.

Toujours sur sa chaise, le suédois avait remarqué autre chose. Une autre peur. Peur de sa marque. Cette marque aurait pu être n’importe quoi. Cependant, ses yeux et son dégout direct à la vue de cette dernière voulaient tout dire. Sa destinée lui faisait peur. Elle n’était pas encore en possession de Murgleis qu’elle avait déjà peur des conséquences. Peur de faire du mal. Peur de la lame. Mais certainement aussi peur de décevoir. A sa tenue et ses manières, même quelques peu changées à la vue de Kulis, le surveillant pouvait comprendre quelle venait d’une riche demeure. La lame devait, comme pour Kulis, se transmettre de générations en générations. A cela quelques exceptions près. Elle n’y était pas préparée. Ce qui voulait dire qu’elle ne devait l’avoir en sa possession. En soit, Sven non plus ne devait pas avoir Kulis, tout du moins de suite. Cependant, il y était préparé, car il savait que ça pouvait arriver. Qu’a la mort de Selma il devenait le possesseur légitime de la lame. Cependant, si Ena, sa petite sœur, l’avait prise avant lui et sa sœur, Kulis s’en serait moquée. Tout ce qui compte pour elle, c’est d’être portée par un descendant des Sigvald. Et en cela, ils étaient trois. Ici, tout démontrait qu’elle ne faisait même pas partie de la hiérarchie de Murgleis. Peut-être que la lame ne se transmet que d’homme en homme. Peut-être saute-t-elle des générations. Peut-être choisit-elle que des membres de sa famille qui en sont digne. A tout cela, Sven n’avait pas encore de réponses. Par contre, il savait qu’il s’était passé quelque chose pour que cette jeune fille frêle se retrouve avec la lame sur le dos. En témoigne la manière dont elle venait de supplier Sven pour de nouveau cacher sa marque. Elle était terrorisée.

Le doute n’était du coup plus permis. Soit c’était une actrice de génie, une personne réellement capable de faire croire tout et n’importe quoi à n’importe qui, soit tout ceci était vrai, réel. Le suédois était sur ses gardes, comme toujours, mais l’impression de vérité était criante. Il avait en face de lui une porteuse d’arme maudite. Enfin, une future porteuse. Qui était perdue, apeuré, esseulée. Et c’était à lui de la guider. Le surveillant prit une bouffée et tourna les yeux vers Greg. Ce dernier avait compris dès la demande d’Aliénor qu’il devait partir. Que jamais le suédois ne montrerait sa marque ou parlerait de lui en présence d’une tierce personne. C’était convenu. Ils en avaient discuté. Greg savait désormais que Sven ne lui fera rien. Sven savait qu’il n’avait pas à la tuer. Tout était bon. Le professeur se leva de sa chaise afin de se diriger vers la porte d’entrée de sa classe. D’un regard bienveillant, il regarda Aliénor. Le regard voulait tout dire. Elle n’avait rien à craindre. Puis Greg se tourna vers la porte et ouvrit le loquet pour sortir de la salle. Un nouveau petit bruit venait de se faire entendre. La salle était de nouveau fermée à clé. Désormais, ils étaient seuls. Rien qu’Aliénor et Sven.

Le suédois regarda la jeune fille tout en prenant une bouffée de cigarette. Elle venait de montrer une partie intime de son corps. Une partie que lui aussi cherche à cacher avec la plus grande des attentions. Sa marque. Enfin, sa « jauge de vie » comme l’avait appelée Isak Sigvald. Elle voulait la voir. Elle aussi voulait certainement savoir si tout ceci était réel. Sven allait le lui prouver. Le surveillant reprit une bouffée avant de jeter sa cigarette sur le sol. Cela le stressait quelque peu de montrer cela à une personne qu’il ne connaissait pas et dont il ne savait pas s’il pouvait lui faire confiance. Mais il se devait de le faire. Lentement, il déboutonna la manche de sa veste de la main gauche. Une fois fait, il s’attaqua à la manche de sa chemise et remonta l’ensemble jusqu’au coude, laissant apparaitre son bandage qui cachait presque l’ensemble de son avant-bras droit. Son bandage étant neuf vu qu’il n’était là que depuis une petite demi-heure, seule quelques taches rouges jonchaient dessus. Sven prit une forte respiration puis commença à enlever son bandage. Petit à petit, la marque apparue au grand jour. Un rectangle longiligne. Une barre de sang suintant légèrement en continu. Au trois-quarts de ce rectangle était visible une ligne marquée par le sang. Du côté le plus grand, le sang suintait. De l’autre, le sang était séché mais pourtant légèrement humide. Sven savait qu’il était au trois-quarts de sa vie. Avant sa venue, il en était plus bas. En cela, il pouvait remercier les évènements du lycée. Cela lui avait permis de regagner de la vie. Le suédois laissa la marque à la vue d’Aliénor une bonne minute avant de ressortir de sa veste un nouveau bandage. Tout était dit. Plus rien n’était à prouver, que ce soit pour l’un comme pour l’autre. Le suédois commença à installer son bandage tandis qu’il regardait la jeune fille.

Sven : Maintenant que la première question fut posée, je te propose de faire chacun notre tour. Ainsi, tu ne seras pas la seule à parler.

Le suédois continua son bandage. Il n’avait pas mal mais n’était pas à l’aise. La situation était dérangeante pour les deux. Mais désormais, les deux savaient à quoi s’en tenir. L’ancien mafieux souffla, rangea son pansement dans la poche de sa veste et remit bien sa chemise et sa veste. Puis regarda de nouveau Aliénor.

Sven : Je commence si tu le permets. Si je ne me trompe, tu n’étais pas destinée à devenir la porteuse de Murgleis. Pourquoi en est-il ainsi?

Cette question allait répondre à trois questions dans l’esprit du suédois : Pourquoi elle ?, Comment Murgleis choisit-elle ses possesseurs ?, et enfin Quel type d’arme maudite est Murgleis ? Cependant, le fait de la poser en une seule fois lui permettait aussi de ne pas brusquer Aliénor. Il ne voulait pas lui faire de mal, mais malheureusement il savait ce que ça faisait que d’avoir peur et d’être acculé. Il avait été comme elle. C’est pour cela qu’il pouvait l’aider.
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MessageSujet: Re: Rencontre du troisième type Ven 10 Fév - 21:40
Respiration retenue, regard fixé sur toi. Tu le sens plus que tu ne le vois à travers les épais verres teintés. Que voit-il ? Tu l'ignores mais tu le devines : une fragile jeune femme incapable de prendre en main son destin, bien éloignée de la radieuse fille de bonne famille qu'elle aurait dû être ou de la fière et farouche Héritière qu'elle se retrouvait être. Plus que de te déplaire, l'idée de paraitre ainsi te
(révulse)
dégoûte. Murgléis ou non, tu
(faisais)
fais partie d'une famille puissante, soudée. Tes ancêtres n'auraient jamais agi de telle façon, tu en es certaine. Tu te rappelles la ritournelle qu'on apprenait à chaque enfant en âge de comprendre, cette obsédante scie qui ressassait les prénoms de tous les porteurs de Murgleis. Elric, Augustan, Jehan, Elric, Domitille, Théobald, Jehan, Raoul, ...

Repoussant ta première impulsion, tu te forces à te redresser et à lui rendre son regard. Et pourtant, malgré toute ta volonté, tu sens tes yeux piquer, virer vers la gauche, comme une pitoyable tentative de fuir l'attention de Sven Alexanderson. Machoires serrées, refusant la défaite, tu les ramènes de force sur lui. Ce n'est que lorsqu'il rompt le contact pour se retourner vers Ogramann dans un nuage de fumée que tu te laisses aller contre le dossier de ta chaise de nouveau et oses battre des paupières.

Du coin de l'oeil, tu vois le professeur adresser un signe de tête à son interlocuteur et se diriger vers la porte de sortie, sa zone de sortie habituelle. Avant de quitter le kekkai, il se retourne et t'adresse un léger sourire ; tu ne le lui rends pas. Il t'a trop bien devinée pour que tu le lui pardonnes. Ta réponse consiste en un simple hochement de tête : oui, tu te souviens de ses instructions. Passage toutes les 10 minutes. Aucune obligation de répondre aux questions. Appuyer sur le bouton d'alerte en poche en cas de souci.

Qu'il s'en aille juste, songes-tu - et tu réalises avec surprise que ta peur se mêle maintenant d'impatience et de fascination. Si cet homme est un vrai Porteur, un vrai de vrai... tu vas le savoir. Maintenant. Il ne s'agit pas d'un racontar, d'une légende, d'une rumeur. Peut-être n'es-tu pas si seule.
(Oh si)

Il s'en va - du moins, tu le supposes. Tu es revenu à Sven Alexandersen. Tes yeux se rivent sur ses lunettes puis descendent sur le mégot qu'il jette au sol et écrase d'un coup précis de talon. Tchac. La braise rougeoyante s'éteint. Lorsque tu remontes ton regard, il est très occupé à déboutonner puis remonter sa manche droite. Sous ton regard, il peste entre ses deux lorsque ses doigts ripent une fois, deux fois sur un bouton de manchette rétif. Il est droitier, te souviens-tu, tandis que ton regard revient tout seul sur le fourreau à son coté. Ce qui signifie que le bras qu'il dévoile est son bras d'épée.

Soudain alerte, ton attention va et vient de son visage à l'avant-bras bandé qu'il déballe. Alors c'est vrai. Vraiment vrai. Il a une marque. Il est un porteur. Il est comme toi.
(pas comme toi)
Tu mords malgré toi ta lèvre inférieure sèche tandis qu'un étrange sentiment se répand en toi. Tu ne saurais l'expliquer. C'est comme si on ôtait une masse sur ta poitrine et que tes poumons pouvaient enfler presque jusqu'à exploser, jusqu'à remplir le monde ; comme si le monde semblait moins gris, moins trouble, moins autre. Mais bizarrement, tout cet espace, tout ce contraste rend aussi ta tête et toutes tes pensées plus lourdes, plus réelles. Tu ne sais même pas vraiment si c'est une sensation agréable...
Peu importe.
Sur le bandage apparaissent des tâches rosées d'abord, puis rouge écarlate. Enfin, sa peau. Sa Marque. Tu cilles. C'est simple, primitif. Presque trop. Une barre, du sang. Aussi laide que la tienne, note un recoin de ton esprit que tu t'empresses d'ignorer.  Penser ceci est un affront. Murgleis est un cadeau autant qu'un fardeau t'a appris ta famille ; le symbole d'une arme de son acabit ne peut pas se résumer à un grotesque croquis sanguinolent. Sans t'en rendre compte, tu t'es avancée au point de ne plus être assise. Ton regard court sur sa peau allant et venant, cherchant à discerner d'invisibles ramifications, de subtils indices, quelque chose qui évoque la majesté et la puissance de Kulis. Quelque chose.
(Rien)
Quelque part.
(Il n'y a rien)
C'est juste que tu ne dois pas le voir. Forcément.
(Rien du tout)
Tu n'as pas été formée.
(Mensonge)
Quelque chose.

Lorsque Sven Alexanderson rebaisse sa manche, tes paupières s'abaissent une fois ; en remontant, tu te sens comme si tu émergeais d'un quelconque coltard. Comateuse... non, fiévreuse comme après un accès de grippe. Tout te semble légérement tordu, comme s'il se passait quelque chose sous la surface du monde, quelque chose qui n'attend que ton inattention pour s'enfuir et disparaitre à jamais. Tu manques quelque chose, tu le sais... mais tes paupières se rebaissent encore et encore tandis que tu retombes sur ta chaise, tandis que l'autre cache sa
(vilaine)
Marque, tandis que l'impression d'odieuse étrangeté s'atténue et fuit jusque dans les limbes de ton esprit.

Maintenant que la première question a été posée, je te propose de faire chacun notre tour. Ainsi, tu ne seras pas la seule à parler.

"Oui..."

Tu le regardes de nouveau panser son bras. Ses gestes sont assurés, bien plus que lorsqu'il a défait son vêtement. C'est habituel, ce bandage. Affreusement habituel. Tu te rends compte que tu n'as jamais vu ton oncle ou tes frères faire de même avec leur marque. Jamais leur marque n'a saigné non plus. Sourcils froncés, tu regardes le tissu s'auréoler d'un rose sale puis se recouvrir de couches de bandage blanc encore et encore, comme
(une momie)
un cadeau fragile qu'on emballerait encore et encore. Non, même sur son lit d'hopital, Elric n'avait rien de tel. La seule différence entre vos Marques respectives était que la sienne était en son centre recouverte d'une croix concentrique, encrée d'arabesques écarlates et anthracites. Est-ce qu'on t'a trompée ? te demandes-tu. Tu réalises que si cela se trouve, on t'a toujours menti. Peut-être que loin d'être une marque de fierté, cette Marque était une infamie. Qu'Elric l'a fait recouvrir d'un vrai tatouage pour mieux la dissimuler. Que loin de l'assumer, il espérait la cacher.

Non. Non non non non. La Marque est apparue toute seule sur ton bras. Par magie. Tu te raccroches à cette idée. Si Murgleis peut faire apparaitre cette marque par brulure, elle peut aussi tatouer et embellir son Porteur. Tu te raccroches aussi fort à cette idée que tu tu te raccroches à ton avant-bras gauche sans t'en rendre compte. L'angoisse se concentre dans tes veines et se concentre jusqu'à se focaliser en une boule au creux de ta paume, juste sous ta croix et disparaitre, disparaitre sous la pression. Respiration. Expiration. Le monde se stabilise.

Je commence si tu le permets. Si je ne me trompe, tu n’étais pas destinée à devenir la porteuse de Murgleis. Pourquoi en est-il ainsi?

La question n'éveille en toi qu'un vague serrement de gorge. C'est que tu as dû tellement répéter ça par le passé. Pourquoi ? Pourquoi toi ? Pourquoi comme ça ? Pour quoi ? Tu n'as jamais eu d'autres réponses que l'évidente : parce que. Mais ces questions ont encore et encore été posées jusqu'à ce que tu comprennes que le seul moyen de satisfaire le curieux était de raconter les faits et de le laisser chercher une raison là où elle n'existait pas.

Tu humectes tes lèvres avant de répondre à sa question. Ta voix est calme, froide, totalement en décalage avec le sujet. On te croirait en train de lire un compte-rendu. Tu ne le sais pas, mais on te l'a dit.

"Murgleis ne se transmet que de descendant mâle à descendant mâle de même sang. Les femmes portent les enfants, les hommes portent l'épée. Le Porteur est dans le coma. Ma mère et mes frères sont morts dans un accident. Il ne reste plus que moi. Elle m'a choisie."

Tu le regardes. Tu attends de voir ses yeux s'éclairer devant cette réponse comme s'il saisissait le pourquoi du comment. Peut-être même se détourner, gênés, ou au contraire se remplir de pitié. Tu t'en fiches. Toi, ce que tu aimerais comprendre, c'est le sens que tous ces gens discernent derrière cet enchainement d'événements. Savoir pourquoi c'est arrivé. Pourquoi c'est tombé sur toi. Pourquoi ils sont tous morts. Pourquoi tout le monde sauf toi semble trouver du réconfort dans cette explication.

Tu n'as pas envie de recevoir encore une fois des condoléances forcées, des signes de sympathie embarrassée. Tu n'as pas envie qu'on te dise que c'est la vie, que ça va aller, que ça aurait pu être pire, tout ces petits mots qu'on te lance à la figure comme de minuscules graviers, inoffensifs à priori et qui pourtant t'arrachent petit à petit des morceaux de toi, des souvenirs, des émotions, ces formules lapidaires qui t'obligent à feindre et à révéler jusqu'à ce que tu ne saches plus faire la différence entre la réalité et l'artifice.

Tu romps le silence, espérant détourner son attention.

"Depuis quand êtes-vous à Kulis ?"

Tu ne réalises pas l'étrangeté de ta phrase. C'est que chez toi, Murgleis est reine et le Porteur ephémère. L'épée n'est pas transmise, elle se transmet ; elle n'est pas utilisée, elle boit la vie. Elle n'est pas objet mais actrice.

C'est ainsi que tu le perçois au plus profond de toi-même : Murgleis ne te sera pas donnée, c'est toi qui lui seras offerte.
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MessageSujet: Re: Rencontre du troisième type Mar 14 Fév - 13:45
Aliénor : Murgleis ne se transmet que de descendant mâle à descendant mâle de même sang. Les femmes portent les enfants, les hommes portent l'épée. Le Porteur est dans le coma. Ma mère et mes frères sont morts dans un accident. Il ne reste plus que moi. Elle m'a choisie.

Tandis que la jeune femme donnait sa réponse, le suédois la regardait tout en s’allumant une nouvelle cigarette. Elle était calme, presque habituée à donner cette réponse. Comme si ce n’était pas la première fois que la question lui était posée. Non. Comme si elle avait dû le répéter encore et encore. Le suédois tiqua à cette idée. Au sein de l’Académie, il ne voyait que deux personnes en plus de lui à qui elle avait pu en parler. Le directeur et Greg. Quelqu’un de tierce connaissait-il l’existence de la lame et de sa famille ? Peut-être au vu de l’expression de la jeune femme. Ce n’était pas bon ça. Pas bon du tout.

Le surveillant prit une bouffée pour quitter ses esprits. Aliénor lui avait répondu et ne lui mentait pas. Cela se voyait, se sentait. Elle le fixait, ou tout du moins essayait. Elle était gênée. Gênée par lui. Par son attitude. Par ses lunettes. Gênée sans pour autant être sur la défensive de prime abord. Le suédois lui fit un petit rictus et réfléchis à ses dires. Murgleis est un parasite, non un tributaire. Ceci était la première conclusion de ses dires. Qui veux dire tributaire veux dire complexe à gérer. Là où Kulis se moque de qui la porte tant que le sang est celui des Sigvald, Murgleis semblait être plus difficilement gérable. Tout d’abord, cela semblait être la lame qui choisissait son hôte. Hôte qui se devait être forcément un homme. Dans le cas d’Aliénor et de ses dires, la lame semblait avoir privilégié le sang plutôt que l’attente. Mais Aliénor semblait être une roue de secours pour Murgleis. En plus de cela, il y avait autre chose qui marquait l’ancien mafieux. La marque. Le choix. « La lame marque son porteur » disait souvent son père. Et quand le suédois prit Kulis, la marque apparue. Mais là, la lame marquait non pas son possesseur, mais son futur porteur. Le porteur étant dans le coma, la lame cherchait un porteur. N’ayant plus d’hommes à dispositions à cause de l’accident, elle se tourna vers le sang. Vers une femme. Une personne censée n’être là que pour être le « soutient » des porteurs, soutient sous entendant porteur de la descendance. Aliénor. Tout ceci voulait dire autre chose. En plus d’être perdue, elle n’avait à coup sûr jamais reçu d’entrainement au combat. Jamais elle n’aurait dû porter la lame. Les dires de Greg revenaient dans son esprit. Elle cherchait à échapper à son destin. Mais pour le coup le destin s’emblait avoir déjà fait son choix …

Aliénor : Depuis quand êtes-vous à Kulis ?

La jeune femme rompit le silence qui s’était installé avec la réflexion du surveillant avec une question intéressante que ce soit pour en apprendre plus que sur la manière dont elle a été posée. La question sous entendait que Sven n’était que le bras armé de Kulis. C’était aussi ainsi que Smitherson le voyait. Kulis était l’arme, et Sven l’objet tenant l’arme. Cependant, le suédois avait une autre vision des choses. Kulis n’était pas le maitre et inversement. L’arme était une extension du suédois. Elle ne faisait plus qu’un avec lui. Son père disait souvent qu’accepter que l’arme domine, c’est prouver que l’on a peur d’elle. Pendant des années, il les avait formés, Sven et ses sœurs, pour que ce ne soit pas la peur qui domine. Que la lame ne soit pas celle qui dirige. Mais que la lame soit au service de son porteur. Cela était d’autant plus simple que Kulis n’est pas une arme dominante, mais joueuse. Jamais Kulis n’aurait ainsi marqué quelqu’un. Jamais elle n’aurait décidé de son porteur. Son père faisant souvent le parallèle avec les prostitués : « Kulis, c’est une pute. Nous, nous sommes ses meilleurs clients. Cependant, si nous n’allons pas la voir, ce n’est pas elle qui vendra vers nous. Elle attendra gentiment que l’un de nous vienne la rejoindre. Tout du moins tant qu’il existera des descendants des Sigvald. »

La formulation d’Aliénor allait du coup de pair avec ses dires précédents. L’arme marque son porteur, même son futur porteur. Ce n’est pas l’homme qui choisit la lame, c’est la lame qui le choisit. Le porteur n’est ici que l’objet. Le suédois repris une bouffée de cigarette. Murgleis était bel et bien un parasite. Un gros parasite. Elle devait être forte. Très forte. Trop forte pour quelque qui n’est pas entrainé … Une nouvelle fois, le suédois s’était égarée dans ses pensées. Les idées fourmillaient, les questions tournaient, en clair, il y avait de l’agitation. Et pendant ce temps-là, Aliénor attendait une réponse. Sa réponse. Le suédois reprit une bouffée et répondit.

Sven : Je porte Kulis depuis mes 14 ans. Je vais en avoir 30. Je te laisse faire le calcul.

La réponse était simple, claire et concise. Comme ils les aimaient. Pourtant, il venait de donner beaucoup plus d’informations qu’il ne l’aurait fait en temps normal. L’excitation sans doute, pensa t’il en regardant Aliénor. Le fait aussi qu’elle ne lui mentait pas et qu’elle aussi semblait excitée par la rencontre devait jouer. Mais bon, pour un ancien mafieux, tout ceci n’était pas très professionnel.

Le suédois regarda Aliénor. Il décida de lui donner du temps pour qu’elle réfléchisse à la réponse, mais aussi que tout comme lui elle fasse des parallèles avec son Histoire afin qu’elle essaye de comprendre par elle-même certaines choses. Puis le surveillant reprit la parole.

Sven : Dis-moi ce que tu sais sur Murgleis. Sas forces, faiblesses, contrecoups …

Le surveillant regarda la jeune femme. De ses dires, elle ne devait pas connaitre grand-chose. La faute à sa position sociale et au côté destin qui joue avec elle. Cependant, il était impossible pour elle de ne pas au moins savoir deux trois choses sur la lame. Deux trois choses qui permettrait au suédois de réfléchir à comment appréhender un problème plus grand : la préparer à porter la lame. Car malheureusement pour elle, il ne semblait pas y avoir d’autres solutions que la mort pour échapper à son destin.
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MessageSujet: Re: Rencontre du troisième type Dim 19 Fév - 17:37
Seize ans. Sven Alexanderson portait cette lame depuis seize ans.

Tes yeux laissent transparaitre deux sentiments mêlés : admiration et tristesse. Pour que la lame soit restée aussi longtemps entre ses mains, il doit être fort, très fort. De ce que tu sais, jamais quelqu'un n'a possédé Murgleis plus de 19 ans et le durée moyenne d'un Porteur une fois la lame en son pouvoir tourne autour de la douzaine d'années. Elric lui-même, que tu considérais pourtant comme un géant de fer, ne l'a eu en main que quatorze ans
(donc moins de quinze ans)
et a moins d'un an à vivre désormais. Seize ans, c'est toute une vie... Mais, réalises-tu, cela veut aussi dire qu'il ne vivra plus bien longtemps. Même si par miracle il t'acceptait comme compagnon, il faudrait l'enterrer sous peu. Quelques  jours, quelques mois, quelques années : ta solitude ne disparaitra jamais tout à fait de toi maintenant que tu sais à quel point sa vie ne tient qu'à un fil.

Tu inspires une fois profondément et retient ton souffle une seconde. Ton corps en apnée, tu tresses mentalement tes espoirs déçus de compagnie en un amas de pensées folles, les immobilises et les arraches de ton être. Enfin tu expires avec lenteur et rejettes loin de toi ce cordon de possibilités mortes dans l'oeuf. Tu dois rester calme, sereine. Ne pas t'attacher. Après tout, on t'a appris depuis ta naissance que les hommes mourraient en servant Murgleis ; pourquoi serait-ce différent pour lui, cet homme qui n'est même pas de ta famille ?

Relativement apaisée, tu reviens à lui et attends sa question suivante. Chacun son tour, tu t'en souviens et tu l'acceptes.

- Dis-moi ce que tu sais sur Murgleis. Sas forces, faiblesses, contrecoups …

Tes lèvres se retroussent un semblant de sourire navré. Encore cette question ? Plus que les yokai qui vous ont recueillis toi et ton père,  cette question t'évoque plutôt la façon de faire d'Elric. Celui-ci ne discutait pas avec toi : il "partait à la pêche." Jamais il n'était direct. Dans sa bouche fleurissaient les "dis moi...", "que sait-tu de...", "j'aimerais que tu me dises..." : jamais une question n'était simple. Il voulait tout savoir, tout, même les petites choses qu'on aurait voulu garder pour soi et une fois les renseignements pêchés, il les triait et gardait ce qui l'intéressait, oubliant instantanément ce qui était inutile. Sa mère prétendait qu'il agissait ainsi de peur d'oublier de demander quelque chose d'important mais toi, tu l'as toujours perçu comme une chasse, comme un orpailleur fouillant sa timbale de vase à la recherche d'une pépite d'or ou un Achab arpentant les océans à la recherche de sa baleine blanche.

Tu ne devrais pas t'amuser de cette façon de parler mais tu n'arrives pas à t'en empêcher. Un instant, tu réalises juste que Sven Alexanderson, lui, n'est peut-être pas à en quête de sa Baleine Blanche comme Elric. Peut-être navigue-t-il juste à vue, perdu dans le brouillard du triangle des Bermudes... Comme toi.

Jusqu'où peux tu lui fournir une carte ? Toi-même, tu es totalement égarée. Les flots alentours sont déchainés, les vagues menacent de t'engloutir. Tout ce qu'il te reste, c'est la maigre boussole familiale qui t'empêche de sombrer corps et âme. Si tu l'invites à tes cotés, que se passera-t-il ? T'arrachera-t-il ton dernier trésor afin d'en profiter seul ? Ou t'aidera-t-il à trouver un nouveau cap ?

Tes yeux sont rivés sur son visage mais ce n'est pas lui que tu regardes. C'est toi. Et par delà toi, les autres, les précédents Porteurs. Qu'auraient ils fait ? Ils se seraient battus, seuls, jusqu'au bout. Murgleis est le fardeau de la famille et d'elle seule. Jamais ils n'auraient donné à un étranger les secrets de la lame
(et ils sont tous morts maintenant)
non il n'auraient jamais
(plus aucun porteur)
jamais
(juste une porteuse)
ils n'auraient pas
(tu n'es pas comme eux)
ils n'auraient pas...
(tu n'es pas eux)

Tes épaules s'abaissent, tu cilles pour faire passer l'impression que tu vas éclater en sanglots. C'est vrai. Tu n'es pas eux, tu ne seras jamais eux, tu ne pourras jamais être eux. Il ne sert à rien de chercher à être un Porteur. Tu n'es que toi. Arrête de te demander ce qu'ils auraient fait.

Alors tu respires calmement. C'est les yeux rivés sur tes genoux et en cherchant tant bien que mal à rassembler tout ce que tu as entendu que tu lui réponds. Ta voix est basse mais calme ; tu te dois d'être factuelle avant tout.

- Murgleis est dans ma famille depuis tellement de générations que les noms des Porteurs les plus anciens ont été oubliés. Les porteurs et les héritiers sont toujours des hommes qu'elle choisit elle-même. Une fois qu'elle a pris possession d'eux, elle les consume à petit feu : aucun ne l'a porté plus de vingt ans. Elle n'a pas été dégainée depuis au moins un siécle ; ce n'est à faire qu'en dernier recours car elle ne peut être remise au fourreau sans avoir au moins absorbé une vie humaine. Je...

Tu hésites, ta voix tremble légérement. Tu ne sais pas vraiment quoi rajouter. Le reste, ce sont des mots balbutiés entre deux portes, des impressions venues d'on ne sait où, des lambeaux de rêves mélangés à des souvenirs flous de petite enfance. Ce conte qui te terrifiait étant enfant par exemple, celui où la jeune soeur d'un Porteur tentait de s'approprier la lame : tu te souviens juste que Murgleis l'avait laissé croire qu'elle avait réussi mais qu'au premier contact de sa main sur la poignée, la lame avait aspiré son âme et que la femme était restée là, inerte, poupée de chair au crâne vide et aux yeux emplis d'un néant infini.

Non, tu refuses de lui faire part de ce genre de peur inepte. Tu ne sais rien, tu imagines. Imperceptiblement, tu secoues la tête. Le concret, voici tout ce qui compte. Alors tu reprends, yeux toujours rivés sur tes jambes.

- Murgleis est aux cotés de son porteur. Il a encore un an à vivre dans le meilleur des cas. J'en hériterai à sa mort. C'est tout ce que je sais.

Cette fois-ci, tu ne flanches pas. Tu es fière de toi. Cela fait des années que l'on te répéte qu'Elric mourra bien avant toi ; tu as fini par accepter cette idée bien qu'elle ne te réjouisse pas. Tu relèves la tête et essaies de déduire de son expression ce qu'il pense de ton exposé. Est-il satisfait ? Déconcerté ? En colère ? Peut-il faire quelque chose pour toi ? C'est surtout ça qui t'inquiète. Et s'il te disait qu'il ne peut
(ne veut)
rien faire pour toi ?

Alors tu réenchaines vite, sans lui laisser le temps de te dire d'arrêter les frais.

- Parlez-moi de Kulis à votre tour.


Tes yeux sont déjà en train de glisser sur le fourreau. Tu pars à la pêche, toi aussi.
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MessageSujet: Re: Rencontre du troisième type Mar 7 Mar - 19:46
Aliénor : Murgleis est dans ma famille depuis tellement de générations que les noms des Porteurs les plus anciens ont été oubliés. Les porteurs et les héritiers sont toujours des hommes qu'elle choisit elle-même. Une fois qu'elle a pris possession d'eux, elle les consume à petit feu : aucun ne l'a porté plus de vingt ans. Elle n'a pas été dégainée depuis au moins un siécle ; ce n'est à faire qu'en dernier recours car elle ne peut être remise au fourreau sans avoir au moins absorbé une vie humaine. Je...

Face au visage décomposé de la jeune femme, le suédois resta stoïque. Voir mafieux. Ce qui n’arrangeait pas le tableau. Tel un radeau, Aliénor semblait chercher dans des flots de souvenirs et d’informations tous aussi douloureux les uns que les autres et se débattait pour ne pas se laisser submerger. Ses dires furent à la fois posés et chaotiques. Elle ne savait pas où aller. Elle ne savait pas quoi dire, quoi penser. Elle était perdue. Elle avait peur. Peur de sa situation. Peur de la lame. Peur du vide. Et il semblait y avoir une raison. Murgleis. Plus il en apprenait et moins le suédois n’arrivait à se faire une idée concise de la lame. Un parasite demandant un tribut. Jamais il n’avait entendu parler, même vaguement. La lame sortait de tous les carcans de ses connaissances. Le tribut était classique. Le meurtre. Le parasite l’était tout autant. Mais le mélange des deux rendait la lame étrange. Unique. « Comme tous les lames maudites en somme », pensa le surveillant.

Tandis qu’il réfléchissait à cela, l’ancien mafieux continua de regarder Aliénor. Son regard venait de changer quelque peu. Elle venait de reprendre de l’assurance. Elle reprit la parole pour déclarer que l’actuel porteur allait mourir d’ici une année et qu’elle sera la prochaine sur la liste. Le suédois savait déjà cela, mais la manière dont elle le dit fut plus franc, plus direct. Comme si cette réalité était acceptée. Mais dans le même temps elle embraya directement. Elle ne semblait pas vouloir accepter si facilement la réalité. Qu’elle acceptait. Paradoxe ?

Aliénor : Parlez-moi de Kulis à votre tour.

Cette demande, Sven s’y attendait. Il regarda la jeune femme dans les yeux puis sorti une nouvelle cigarette de son veston. Tandis qu’il l’alluma, il réfléchissait à ce qu’il allait lui dire. En soit, il s’était dit que si la personne en face de lui lui disait toute la vérité, alors il ferait de même. Mais voilà. Aliénor lui avait tout dit. Enfin, tout ce qu’elle savait. C’est-à-dire pas grand-chose finalement. Il n’avait aucune information sur la puissance de la lame, sur son utilisation, sur ses caractéristiques. Tout ce qu’il savait, c’était que c’était un parasite tributaire qui ne donnait qu’une petite vingtaine d’année à son porteur. C’était maigre. Pour autant, le suédois se devait de lui parler avec franchise de la lame. Il ne dira pas tout, mais en dira bien assez. L’ancien mafieux prit une longue bouffée puis prit la parole.

Sven : Kulis est un couteau suisse. Ce qui la rend forte, c’est sa possibilité de changer de forme, chaque forme ayant ses avantages et ses défauts. Contrairement à Murgleis, je ne possède pas de temps limité. Ou plutôt si, mais je peux l’allonger en tuant. Ma marque est le temps qui me reste à vivre.

Encore une fois, la réponse était d’une froideur remarquable. Elle était simple, efficace. Elle mettait sur un pied d’égalité les connaissances sur les deux armes. Elle était maitrisée et forte, montrant qu’il n’avait pas peur face à son destin. En clair, c’était la réponse parfaite face à Aliénor.

Tandis qu’il regardait la jeune femme lui faisant face réfléchir à ses dires, le surveillant reprit une bouffée. C’était à son tour de poser une question. Une question rhétorique. Il connaissait la réponse, mais il voulait l’entendre afin de voir comment il pouvait l’aider. Par quoi commencer. Accepter pleinement la réalité, ou commencer à se préparer à la porter ? Faire un entrainement psychologique, ou directement un entrainement militaire ? Sa réponse, bien que connue d’avance dans son esprit, allait encore une fois en dire beaucoup plus que cela allait laisser paraitre. Enfin, plus que la réponse, c’était la réaction qui intéressait le suédois. Il voulait l’aider, la guider. Car personne d’autre ne pouvait le faire. Personne d’autre ne pouvait comprendre ce que c’était de vivre avec une lame maudite. Personne d’autre ne pouvait accompagner dans la vie, mais surtout dans la mort, quelqu’un comme eux. Il portait Kulis. Elle allait porter Murgleis. Elle allait connaitre de plein fouet une réalité qui lui était inconnue. Sven a toujours su à quoi s’attendre. Il connaissait tout de la lame avant même de savoir si un jour il allait la porter. Mais Aliénor, quant à elle, ne savait rien. Ne pas l’entrainer, la préparer, l’emmenait vers la tombe bien plus rapidement que Murgleis elle-même aurait pu le penser. Cela se voyait. Cela se sentait. Elle voulait un phare pour voir plus loin. A défaut de pouvoir faire plus, le suédois se sentait comme obligé de la guider du mieux possible. Même si ici l’obligation n’était pas formelle, mais implicite.

Le suédois baissa légèrement ses lunettes, assez pour que ses yeux bleus clair puissent transparaitre et fuser au plus profond des yeux d’Aliénor. Cette réponse, il la connaissait. Mais il voulait la sentir. Voir jusqu’où elle pouvait entraver Aliénor. Il voulait la voir de ses propres yeux, non pas derrière ses lunettes. Et c’est le plus calmement du monde que le suédois reprit la parole.

Sven : A tu peur ?
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MessageSujet: Re: Rencontre du troisième type Dim 19 Mar - 14:22
L'appellation de couteau-suisse, bien que justifiée, te fait froncer les sourcils. Qualifier cette Lame d'un tel sobriquet, n'est-ce pas la rabaisser ? Son pouvoir incommensurable ne devrait pas être ravalé au rang d'un simple ouvre-boite, d'une babiole achetable au moindre bazar. C'est impie, irrespectueux, tant pour l'arme que pour ses porteurs. Mais tu te retiens de répliquer. Tu n'es pas en position de force, tu le sais. Peut-être même est-ce lui qui a raison et toi tort, même si le plus petit de tes neurones hurle le contraire. Il a été formé ; pas toi. Il sait ; pas toi. Il parle ; tu l'écoutes.

Cependant un frisson te remonte l'échine lorsqu'il parle avec une froideur totale de tuer. A-t-il donc plus du mafieux que sa simple apparence ? Tu te poses sérieusement la question. Quant à toi, tu te sens comme divisée entre un prosaisme absolu et une révulsion fascinée. Tu sais que les porteurs protégent, défendent, tuent si besoin, tu le sais... mais dans ton esprit, tu es encore une fille, une femme, une protectrice. Ton rôle, c'est la vie. Pas la mort. Tu portes au creux de tes reins le futur et la survie ; comment pourrais tu dans le même temps arborer à ta ceinture cet acier meurtrier ? Ah, si tu étais un homme, la situation serait tellement plus aisée... Mais si tu étais un homme, tu ne serais pas dans cette situation. Tu aurais appris à tuer, à défendre, à agir seul.

De nouveau, ce trouble qui t'envahit. Son regard bleu glace ne t'aide pas à rester sereine ; tes bras se croisent l'un l'autre, protection dérisoire face à cet homme qui t'écrase de toutes les manières. Non, tu ne devrais pas céder, dit un fragment de ton esprit : sois fière, sois femme
(sois humble, sois homme)
défends-toi contre lui
(écoute-le)

De nouveau tes repères se mêlent. Le monde n'est pas l'échiquier blanc et noir qu'on t'avait dépeint.

- As tu peur ?

Tu ouvres la bouche sans savoir quoi dire. Tu ne peux pas biaiser face à une question pareille. Oui ou non ? Blanc ou noir ? Mais le monde n'est que gris, tu le sens. Tu ne peux pas trancher. Ta bouche reste béante puis se referme, tu déglutis.

Dans ta gorge descend ce que tu aimerais répondre. Non, je n'ai pas peur. Non, je suis une femme et les femmes survivent. Non, je suis un Porteur et les Porteurs se défendent. Non, je n'ai pas peur. Tant de petits mots, simples, vrais. Alors pourquoi ces phrases te semblent-elles si fausses ?
La boule d'émotion vacille ; de son coeur se déploie des volutes sombres, évanescentes, inexplicables. Cela se ressent, cela ne se dit pas - et pour toi, bonne élève, adepte de la communication, avouer ton incompétence en la matière est difficile. Les vapeurs évoquent la solitude totale et désespérée ; le poids qui voute tes épaules d'un âge que tu n'atteindras jamais désormais ; la brulure des regards de tous ces morts dont tu es désormais l'ultime témoin. C'est au delà de la peur ; c'est un hurlement primitif, désespéré, atonal qui rebondit sur les parois de ton être, compacté et étouffé jusqu'à devenir une aiguille de glace qui te lacère l'esprit.

Est-ce que tu as peur ?

Oui. Non.
(Blanc. Noir.)
Tu ne sais pas.
(Tu ne sais pas mais tu sens)
Non. Tu ne sais pas.

Mais une chose est certaine : qui que tu sois tout au fond de toi-même, tu dois te plier aux règles et aux coutumes qui régissent ton statut. Tu es une femme. Tu es un Porteur.

La réponse est simple. Alors pourquoi as-tu l'impression de t'arracher l'âme en prononçant cette courte réponse ?

-Je ne devrais pas avoir peur.

Tes lèvres se closent. Point final. S'il est vraiment un Porteur, il comprendra. Les règles doivent être respectées. Les règles sont la seule chose qui maintiennent encore ton monde.

Tu as arrêté de lui rendre son regard. Tu ne t'en es pas rendu compte. Ce n'est pas si grave, te dis tu. Ce n'est pas comme si tu lui cachais quelque chose après tout ; tu es juste fatiguée. Extrêmement fatiguée... Le silence s'étend quelques secondes, uniquement rompu par le grésillement d'un mégot agonisant. Tu reprends alors que la braise flamboie une ultime fois. Ta voix est à l'unisson : tremblotante, presque éteinte.

-Est-ce que vous pouvez m'aider ?
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MessageSujet: Re: Rencontre du troisième type Ven 24 Mar - 16:43
Aliénor : Je ne devrais pas avoir peur.

Il faut bien avouer que cette réponse était surprenante. En effet, au vu de sa situation et de sa filiation, elle ne devrait pas avoir peur. Et pourtant … La peur transparaissait de tous les pores de sa peau. Sa voix tremblotante semblait aller à l’encontre des dires. Son esprit semblait se contredire continuellement entre d’un côté la réalité des faits et l’autre la rationalité absolue due à sa situation. Entre le oui, j’ai peur, et le non, je n’ai pas peur car je suis de la famille des porteurs de Murgleis. La réponse, en soit, était au parfait milieu de ce combat. Un genre de cessez-le-feu pour l’esprit. Mais pour son corps, fragile, non habituer au combat et au meurtre, la situation était différente. Lorsque le suédois avait évoqué plus tôt le fait de tuer, tout son corps s’était mis à trembler. En effet, elle n’était pas faite pour cela. Elle n’était pas « formée » à porter une lame maudite. Cependant, c’était bien elle la prochaine sur la liste de Murgleis.

L’ancien mafieux prit une bouffée de cigarette et continua de regarder Aliénor. Elle avait du mal à se calmer. Elle était exténuée. Exténuée par la situation, par l’idée de son avenir, par les révélations. Elle était perdue. Perdue face à Murgleis. Perdue face à elle-même. Perdue face à Sven. Le suédois la regarda avec bienveillance. Il savait ce qu’elle ressentait. Combien même il était préparé à prendre Kulis, ses premières fois avec la lame furent difficiles. Tuer et ne pas être tuer était un sentiment horrible. Servir la lame, en être son outil, savoir que sa vie est en suspens … Tout ceci lui avait traversé l’esprit lors de ses premiers mois dans Hemlig. Quand il était seul. La peur l’entourait. Il n’avait plus de parents, plus de famille. Il savait que s’il était en vie c’était juste car Smitherson le voulait bien, et qu’à tout moment il pouvait mourir. Il savait que dans le pire, ou meilleurs, des cas, c’était Kulis qui allait avoir raison de lui. Que la théorie était une chose, mais que la pratique en était une autre. Avant de porter la lame, il n’en avait pas peur. Après par contre …

Puis le suédois avait rencontré Henrik. Ce boute-en-train bon à rien, comme il aimait l’appeler, était arrivé un bon jour. Il était devenu son partenaire. Ses méthodes, bien que discutables même dans la mafia, le rendait dangereux. Pourtant, il avait quelque chose de spécial. Il était heureux. Fou. Constamment de bonne humeur. Avec le temps, c’était lui qui apprit à Sven à relativiser. A ne pas avoir peur. Que la fatalité était là, mais qu’il ne pouvait rien y faire. En somme, ce fut Henrik qui lui apprit pendant treize années à vivre avec Kulis. A l’accepter. A ne pas la voir comme une arme maudite, mais comme un objet. Henrik était devenu son ami, son frère. Sven le détestait tout autant qu’il l’aimait. Mais sans lui, il ne serait pas la aujourd’hui devant Aliénor. Il serait mort …

Aliénor : Est-ce que vous pouvez m'aider ?

La jeune femme le fit sortir de ses souvenirs. Sa voix était à l’image de sa peau. Pâle. Elle n’en pouvait plus. La solitude, la peur, la mort, tout ceci l’entourait. Tout comme elles avaient entourées le suédois il y a des années de cela. Elle voulait du soutien. Savoir si elle devait faire face à son destin ou le renier. Le suédois termina son mégot de cigarette et se leva de sa chaise pour marcher dans la salle. Il devait réfléchir à quoi dire. Essayer de ne pas être si froid que d’habitude. Essayer de la réconforter dans les dires tout en montrant sa force de conviction. En clair, jouer le pédagogue. Chose qu’il ne savait pas faire. Tandis qu’il tournait dans la pièce, plusieurs formulations lui vinrent en tête. Mais rien ne fut probant. Il continua à faire les cents pas dans la salle tout en regardant Aliénor. Cette situation devait la mettre mal à l’aise. Si tenté qu’il soit possible qu’elle le soit encore plus. Pensant à cela, Sven de dirigea vers sa chaise, mis ses mains sur le dossier et regarda la jeune femme. Oui il allait l’aider. Oui elle allait en chier. Mais en même temps, avait-elle vraiment le choix ?

Sven : Je peux t’aider. Mais pas pour tout.

Pour la pédagogie, on repassera. La réponse était satisfaisante pour lui, mais en y réfléchissant, ce n’était pas exactement le genre de réponse froide et directe qu’il fallait lancer maintenant. Le suédois leva la tête au ciel, souffla un grand coup et replaça ses yeux dans ceux d’Aliénor.

Sven : Pour faire simple, je ne peux pas t’apprendre à maitriser Murgleis. Personne ne peut te l’apprendre. L’utilisation d’une arme maudite dépend beaucoup plus du porteur que de la lame elle-même. Ce sera donc à toi de le faire. Cependant …

Le surveillant sortit Kulis de son fourreau et plaça la lame à plat sur le dossier.

Sven : Ce que je peux faire, c’est t’apprendre à ne pas avoir peur de la lame et de ton avenir tout en te préparant physiquement au port de la lame.

Le suédois regarda Aliénor. Il ne pouvait pas faire plus. Que ce soit pour l’aider ou même pour être plus pédagogue. Le choix désormais était le sien. Pointant Kulis vers Aliénor, Sven reprit la parole

Sven : Par contre je te préviens, je ne serais pas tendre avec toi. Ton entrainement sera long et difficile. Du coup, que décides-tu Aliénor ? Avancer ou fuir ? Accepter ou renier ? Regarder l’avenir … ou le passé ?
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