Allô rumeurs ?


Il paraît que le lycéen Altaïr Dawson aime passer ses soirées dans les discothèques de la ville. On n'aurait jamais pu croire une telle chose !
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Guerre aviaire
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Ange Incarné
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Ange Incarné
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MessageSujet: Guerre aviaire Lun 7 Nov - 16:22
Ah ! L'hiver. Vika n'aimait pas trop cette saison qui s'accompagnait d'un froid omniprésent. Elle avait alors l'impression d'avoir les ailes complètement rouillées. Et puis l'activité du dojo en prenait un sacré coup. Et l'humeur de Vika était souvent inversement proportionnelle au vide de son dojo chéri. Le lycée dans son ensemble, de toute façon, semblait plus vide, vu que tout le monde se cachait à l'intérieur.

Il devait rester deux bonnes semaines avant la fin des cours, mais Vika allait devoir quitter le kekkai avant la date habituelle. Il ne lui sera pas dur de toute rattraper par la suite de toute façon, et la situation était suffisamment urgente pour que la chef du comité déserte le lycée pour une période aussi longue, et malgré sa fonction, bien que stipulé nulle part, qui impliquait sa présence et sa vigilance constante. Mais elle avait confiance en Rubi et Greg pour tenir la boutique pendant son absence.

Un sac à dos pour tout bagage, la métamorphe corbeau pouvait enfin retourner au nid, à Avilksholm. Elle n'y était pas retournée aux dernières vacances, car elle redoutait la réaction de sa famille. Elle ne leur avait toujours pas dit. Toujours pas dit pourquoi elle avait un bandeau. Ils n'auraient pas compris. Pas compris qu'un esprit malade et puissant avait pris ses yeux, car elle avait fait le choix de les sacrifier pour sauver une vie. Elle n'avait pas encore eu le courage de leur montrer que leur petite fille avait grandi un peu trop vite à leur goût.

Mais c'était aussi pour cela qu'on l’appelait aujourd'hui. Parce qu'elle était forte. Incroyablement forte. Personne dans le monde aviaire ne pouvait imaginer la puissance qu'elle avait développée au fil du temps. Leur peuple était pacifique avec les autres races, car ils n'étaient pas suffisamment forts pour s'amuser à faire la guerre, et que, dans l'ensemble ils n'aspiraient pas à grand-chose si ce n'est une vie paisible. Ils aimaient bien se battre, et appréciaient les combats, mais cela ressemblait plus à un loisir qu'autre chose. Enfin, avant c'était autre chose, et l'espèce avait failli s'éteindre dans la dernière grande guerre aviaire, qui avait eu lieu il y a bien longtemps, durant le moyen-âge. Plutôt que de disparaître, les oiseaux avaient trouvé un moyen moins sanglant de régler leurs conflits. Et maintenant bien peu pouvait prétendre avoir fait de l'art du combat leur profession, en la qualité de champion de la cité, pour les litiges, ou professeur dans un dojo.

Et c'était d'ailleurs pour cela qu'on l’appelait. Un litige. Car depuis sa dernière intervention dans la cité, en arrêtant Ulki et son idole de ténèbres, elle y était considérée comme la plus puissante, malgré son jeune âge. Dans la missive qu'elle avait reçue, on lui avait expliqué très brièvement la situation. Une cité à l'influence grandissante, Jarviksholm, tentait de s'étendre plus encore en accablant Avilksholm d'un traité qui n'avantageait en rien sa chère cité.

Le jeu des alliances s'était alors mis en branle, et le conseil des cités, suprême instance de ce genre de décision n'avait pu trancher. Ne restait donc que la dernière option viable : la guerre. Enfin, la guerre comme on la faisait chez les oiseaux. Dans une arène, entre deux champions qui défendaient les intérêts de leur cité. Le vainqueur obtenait gain de cause. Une façon efficace d'éviter les morts inutiles. Vika aimait bien ce système, à partir du moment où on n'abusait pas de son champion imbattable. Chose qui, de toute façon, semblait ne pas être arrivé. Mais elle entrait dans la partie, maintenant.

Fort heureusement, les combats étaient rares, car le conseil des cités était efficace, et se réunissait qu'en cas de décisions inter-cités, ce qui n'était pas si fréquent. Ce serait donc son premier, et peut-être son dernier combat de ce style.

Après avoir donné ses dernières directives, salués ses amis, elle traversa le tunnel qui les séparait du monde réel, et elle décolla pour la Scandinavie, volant aux côtés de Naessala, son familier corbeau. Le voyage lui prenait habituellement deux jours, mais au fur et à mesure de ses progrès, celui-ci se raccourcissait. Partie tôt le matin, elle traversa la moitié du globe, en tournant dans le sens qui l'aidait le plus, et elle arriva en milieu de soirée dans sa cité natale. Le conseil n'aurait lieu que demain, ainsi que son test, alors elle pouvait profiter de sa soirée avec sa famille, qui devait sûrement l'attendre au salon.

Elle passa la porte de celui-ci, et Vika obtint la réaction qu'elle redoutait. Mais elle pouvait leur en vouloir. Sa mère, Ivy, choquée, ne se leva pas, de stupéfaction, alors que son père Svenka et son oncle Vilkas se jetait sur elle pour la soutenir, la pensant sûrement handicapée. Le fait qu'elle venait de traverser la moitié du globe tout seule n'avait pas du leur effleuré l'esprit, à cause de la surprise. Elle se laisser porter jusqu'à un fauteuil sans rechigner, puis coupa court aux questions sous lesquelles on l'ensevelissait.


« Papa, Maman, Tonton. Je vais bien. Alors, on se calme tout de suite, et on fait refluer la tristesse, la pitié et la peur que je ressens en vous. Je vous vois comme avant, et je dirais même en mieux. Je suis toujours autant capable de vivre comme un vrai voyant. Je pense même que j'ai plus de chance que lui. Papa, t'es habits sont noirs. Maman a mis le collier que je lui avais offert un peu avant de partir. Tonton commence à avoir les cheveux grisonnants et vous avez changé le tableau derrière moi. Convaincu ? »

Et en quelques mots Vika venait littéralement de mystifier sa famille au grand complet. Avant que son père n'éclate d'un rire tonitruant.

« C’est une blague, c'est ça ? Tu vois parfaitement derrière ton bandeau, avoue ! »

Cela sembla soulager tout le monde, jusqu'à ce que Vika affiche un sourire triste et n'enlève son bandeau, dévoilant ses deux prothèses vides de vie et ses paupières mutilées à peine cicatrisées.

« Malheureusement non Papa. Mais comme je viens de le prouver, je vois quand même, à ma façon. Je pense, sans mentir, pouvoir dire, avoir atteint un niveau qu'aucun oiseau n'avait connu. Si bien que, même sans yeux, je perçois les choses, mieux que vous, d'ailleurs, et je ne suis pas limité à un champ de vision. »

Pas vraiment convaincu, ou éternel blagueur, son père tendit la main vers elle.

« Combien j'ai de doigts ? »

Vika soupira, elle aurait dû s'en douter. Au moins, leurs premiers effrois s'étaient estompés.

« Trois, et tu en caches deux derrière ton dos, tricheur ! »

Pour le coup, ils étaient calmés. Sa mère eut enfin le courage de se lever et de venir l’étreindre, ne la lâchant plus, assises à ses côtés, sur le fauteuil. Vilkas, aussi impressionné qu'amusé, comme il l'a toujours été avec elle, posa alors la terrible question qu'elle redoutait.

« Eh bien, qu'est-ce que tu attends ! Raconte ! »

Vika lâcha un soupir qui en disait long, prit une grande inspiration. Elle leur raconta alors tout ce qu'elle avait pu vivre depuis ses dernières vacances ici. Elle leur raconta Ruby, Jade, Adam, son entraînement dans la montagne, son séjour chez son loup et la manière avec laquelle elle avait botté le cul à son père – ce qui fit beaucoup rire le sien - puis comme elle avait tué la gargouille, et accédé à la tête du comité de sécurité. Elle leur parla ensuite de l'antithèse et de son attaque contre le lycée, la disparition d'Adam et l'arrivée de Gregory dans sa vie.

Alors, alors seulement elle leur raconta Luna, bien qu'elle ne connaissait pas encore ce nom. La jeune femme leur parla de son Autre. Enfin, elle leur raconta la récente attaque de fairy tales. Autant dire que ce fut un long, long récit. Mais au moins la famille était maintenant à la dernière mise à jour, Vika 3,1.

Sa mère avait failli pleurer à plusieurs reprises, et la serrait encore plus qu'avant. Vilkas et Svenka, s'ils furent parfois choqués, ne le montrèrent pas pour autant. Ils étaient surtout incroyablement fiers d'elle. La petite dernière des Nightwing allait couvrir la famille de gloire, et marquer leur nom dans l'histoire de Alviksholm.


« Eh bien... Je plains celui qui est sensé t'affronter demain. »

La métamorphes leva les yeux vers son oncle, dont le large sourire en disait long sur l'identité de son adversaire.

« C'est Janaff, c'est ça? » demanda-t-elle innocemment.

Il acquiesça d'un mouvement de tête et son sourire s’agrandit encore, bien qu'il semblait impossible que ce soit le cas. Janaff était un faucon, et son ancien maître, à elle et Ulki. C'était à lui qu'elle devait sa base du savoir martial. Il avait toujours préféré son rival à la demoiselle corbeau, et avait plutôt mal vécu la défaite, puis la mort de son disciple favori. Inutile de dire qu'il ne l’appréciait guère, surtout que la rivalité entre son oncle et lui n'arrangeait pas vraiment les choses. Et Vika allait devoir rajouter une nouvelle humiliation à cette liste. A la grande joie de Vilkas.

Quand le champion était un oiseau actuellement en extérieur de la cité, la tradition voulait qu'on le teste avant l'affrontement fatidique. Ce qui était d'autant plus nécessaire étant donné son état actuel. Mais, en vérité, la demoiselle corbeau craignait plus pour sa prestation devant le conseil, qui comptait tout autant que le test de combat. C'est cela qu'elle partit se coucher tôt, laissant sa famille méditer encore sur ce qu'elle avait dit.


Elle se réveilla avec un étrange sentiment. Comme si elle avait fait un songe terrible, mais qu'elle ne s'en souvenait pas, malgré tous ses efforts. Et à cela s'ajoutait sa peur du conseil. Son père lui avait donné les retours de sa dernière intervention, à savoir, sans invitation et avec un prisonnier sur l'épaule, et il fallait croire qu'elle n'avait pas fait l'unanimité. Mais la nécessité les forçait à faire appel à elle. Elle avait beau se savoir en position de force, si elle voulait obtenir quelque chose en retour du combat, Vika savait qu'elle allait devoir prendre des pincettes. Elle enfila les habits protocolaires de la famille, qui ne lui allait pas aussi bien qu'à son père ou son oncle. C'était une combattante, pas une politicienne. Et cela se voyait. Elle entoura ses yeux d'un bandeau blanc, et après un rapide déjeuner avec sa mère, partit pour le conseil de la ville, qui s'était déjà réuni et où son père l'attendait sûrement.

La demoiselle corbeau se demandait comment Adam pourrait vivre sa visite des lieux. Les villes des oiseaux étaient des plus particulières et il y régnait un brouhaha et une agitation constante. Le ciel était entachés des points noirs des passants pressés, alors que d'autres préféraient les joies de la marche et de la discussion dans les rues où échoppes, terrasses et étals étaient monnaies courantes. Il n'y avait pas de non oiseau. Ils étaient interdits d'accès, par prudence. Même si personne n'avait jamais eu l'envie de pénétrer dans leurs villes, de façon générale. Alors, même si elle parvenait à faire entrer le loup-garou, celui-ci devrait se montrer des plus calme, et ne pas se transformer. Il arrivait que les oiseaux s'affichent sans ailes, même s'ils ne recueillaient que mépris et dédain des castes les plus puissantes. Adam pourrait ainsi ne pas trop attirer l'attention, et encore moins susciter l’effroi dans la cité. L'architecture le perturberait sûrement. Si les oiseaux avaient su évoluer avec la technologie humaine, leurs visions esthétiques n'étaient pas du tout les mêmes. La natalité des oiseaux était contrôlée, à cause de la longévité relativement longue de l'espèce, environ deux fois celle d'une vie humaine actuelle, et immigration était rare, si bien qu'il n'était pas nécessaire de construire d’immenses immeubles. Ainsi, les villes aviaires ressemblaient à de riches cités médiévales, aux chaumières chaleureuses et aux couleurs naturelles. Ils y avaient bien de grandes bâtisses, mais elles étaient rares et excentrées, appartenant aux familles nobles, auxquelles appartenait celle des Nightwing. Bien entendu, restait le bâtiment du conseil, qui calmerait assez facilement un temple grec. C'était le bâtiment clé de la ville, et celui-ci n'était pas très loin de l'immense place centrale circulaire qui correspondait au centre du kekkai. Il fallait plusieurs jours entiers pour en connaître le moindre détail. Chaque colonne, chaque fronton avait son histoire, ses bas-reliefs et ses décorations. Il était régulièrement nettoyé, et brillait d'un blanc éclatant, ou d'un doré luxueux là où on avait recouvert le bâtiment de feuille d'or. Il offrait l'avantage de permettre de se repérer facilement, aussi...

Vika pénétra dans le bâtiment par l'une des nombreuses entrées, et à l'heure dite se présenta à l'un des annonceurs, qui la fit patienter jusqu'à son entrée dans l'amphithéâtre du conseil. Elle entra au signal, et s'avança sur le chemin central qui menait à l'estrade centrale, devant le siège de l'actuel président du conseil. Tous les yeux étaient fixés sur elle, et à peine eut-on aperçu son bandeau que des chuchotements inquiets secouèrent l'assemblée. Pourtant, elle avançait sans hésiter et s'arrêta au bon endroit, posant ses mains sur le pupitre, se tournant vers les conseillers, après avoir salué le président de la manière la plus respectueuse qui soit. Celui-ci l'introduisit alors.


« Messieurs, mesdames, les Conseillers, si vous ne la connaissez pas encore, voici Vika Nightwing, potentielle champion de la Cité pour le litige à venir. Cependant, son état ne semble plus adapté à cela. Pouvez-vous nous éclairer quant à votre bandeau mademoiselle Nightwing ?»

Pour une fois, ils allaient droit au but. L'urgence de la situation l'imposait, il fallait croire, bien que ce ne fût pas toujours suffisant pour les pousser à prendre des décisions rapidement. Prenant une grande inspiration, elle parla d'une voix forte et assurée. Ce n'était pas si difficile, elle était la chef du comité après tout, non ?!

« Que vos Grâces se rassurent, bien que mes yeux physiques soit effectivement morts, cela n'affecte en rien mes capacités de combat, et je suis certaine d'être en mesure d'affronter mon test comme le champion de la Cité d'en face. N'ayez crainte, et venez assister à mon évaluation si vous n'êtes pas convaincus. Je représenterais ma Cité avec honneur et force.»

Elle avait prononcé la phrase rituelle et avait donc scellée sa décision de combattre. La demoiselle corbeau devait maintenant attendre l'heure de son test, alors qu'on l'invitait -gentiment- à sortir de la salle du Conseil, car elle n'était, bien entendu, pas le seul sujet de discussion.

Le combat, cette fois, n’aura pas lieu dans l’arène, mais à huis clos, dans une salle particulière du bâtiment du conseil. C’est ici qu’elle patienta après s’être changée pour une tenue bien plus appropriée au combat. Elle ne s’en faisait pas trop pour cet affrontement comme pour le suivant, mais elle comptait faire ça dans les formes.

Janaff arriva, avec les quelques membres de l’assemblée à la fois curieux de voir l’affrontement et autorisé à le faire. Le faucon était encore jeune, n’ayant qu’un demi-siècle de vie. Elle n’avait donc pas à se retenir, et elle ne l’aurait pas fait de toute façon. Il était grand, ce qui était normal pour un oiseau de proie, musclé et athlétique, ce qui, encore une fois, n’avait rien d’anormal. Des cheveux courts, bruns, surmontaient un visage de prédateur. Ses yeux se fixèrent sur elle, et si elle pouvait encore voir de façon normale, elle y aurait lu la haine qu’elle ressentait actuellement en lui. Elle lui adressa un triste sourire. Jamais la demoiselle corbeau n’avait voulu blesser son ancien mentor, mais l’avait fait par la force des choses. Une fois tout le monde installé, les deux combattants se mirent en place. Vika s’inclina doucement, en guise de salut, et Janaff lui répondit par un rictus des plus « amical ».


« Épargne-moi ça. Finissons-en au plus vite. »

Vika acquiesça en souriant, et se mit en garde. Elle ne voulait pas l’humilier de façon flagrante, alors, elle devait au moins faire un peu semblant au début. Et elle préférait ne rien révéler sur ses pouvoirs uniques.

Il passa à l’attaque immédiatement après le coup d’envoi, et Vika put donc constater ses progrès techniques. Et ils étaient flagrants. Elle avait maintenant bien plus d’expérience que lui, qui ne faisait plus qu’enseigner.

Lui n’avait pas eu à combattre pour sa vie. Lui n’avait jamais rien eu qui dépendait de sa victoire. Lui n’avait jamais affronté des ennemis aux pouvoirs ou au style inconnu. Et c’est ce qui faisait maintenant la différence. Bon, il fallait avouer que sa faculté à lire ce qu’il prévoyait dans son aura l’aidait beaucoup. Janaff faisait preuve d’une violence certaine, comme s’il avait la ferme intention de lui faire ravaler son sourire.

Et malgré les sentiments qui chargeait les coups de Janaff, Vika le trouvait mou, ce qui tranchait avec ce qu’elle se souvenait de lui. Quelque chose clochait, où alors elle ‘était vraiment parvenu à un niveau physique de base terrible. Elle ne se forçait pas trop, pour éviter de le battre trop rapidement devant les membres du conseil. La demoiselle corbeau pouvait le finir ici et maintenant, mais se forçait à le faire durer. Pourtant son impression bizarre s’accentuait à mesure qu’ils échangeaient des coups.

Elle ne sentit pas la différence, et ne dut sa survie qu’à son instinct. Le poing de Janaff était dans le creux de son ventre, alors qu’elle attendait un coup au visage. Elle était pourtant certaine… Elle avait pu ériger ses barrières, par reflexe, et n’avait subis aucun dommage, mais sa vision n’aurait pas dû avoir de faille.

Janaff sembla surpris de la voir debout, consciente. Si bien qu’il ne réagis pas quand elle lui saisit le bras qui venait de la frapper, et attirait le faucon à elle, lui présentant son coude à sa tempe façon speed dating. Et il n’y aura pas de second rendez-vous. Elle était vainqueur, mais avait aussi gagné son lot de questions, qui resteraient surement sans réponses pour le moment. Au moins, elle avait eu ce qu’elle voulait.

Son rôle de champion confirmé, elle put quitter le bâtiment du Conseil, et profiter de sa famille avant le réel affrontement, qui devait avoir lieu le mois prochain, le temps de récupérer de potentielles blessures.

Ce fut un mois qui passa très vite. Trop vite. Sa vie au manoir Nightwing était rythmée par ses entrainements quotidiens et les quelques cours qu’elle donnait au dojo. Elle tenta à plusieurs reprises de parler à Janaff, à propos de leur combat, mais celui-ci refusait catégoriquement de lui adresser la parole, la laissant dans le flou total.

Quelque chose n’allait pas. Mais elle n’aurait su dire quoi. Vika n’avait qu’une impression, et aucunes preuves tangibles de ce qu’elle pourrait avancer. Si bien qu’elle préférait ne pas partager ses doutes. Peut-être que c’était de son fait, si elle avait mal lu son coup. Mais cela lui semblait pourtant peu probable…
Janaff avait lui aussi obtenu un pouvoir. Pouvoir qu’il avait pensé assez fort pour terrasser Vika d’un seul coup, la forçant à utiliser ses propres capacités, ce qu’elle n’aurait cru nécessaire en venant ici.

L’organisation du combat du litige faisait le bonheur d’une cité tiers, neutre. Le combat attirait plus d’un touriste, et la cité en question connaissait un boom économique momentané. Un membre du conseil de chaque cité était présent pour le combat, mais le public n’était pas limité. Devant l’ampleur de ce litige, c’est à Envilksholm, la plus grande cité aviaire d’Europe, que celui-ci se règlerait. Pour son plus grand plaisir.

Vika s’y était déjà rendue, plus jeune, histoire de visiter, avec sa famille. Aucune cité aviaire ne se ressemblait. Chacune était le reflet d’une culture, d’une époque différente. C’était donc toujours de nouvelles découvertes, surtout  pour Vika qui venait d’une des cités les plus jeunes.

La demoiselle corbeau s’y rendit une demi-douzaine de jour avant, avec le membre du conseil témoin. C’était le temps nécessaire à la finalisation directe de toute la paperasse, les serments et tout ce qui pouvait accompagner un tel évènement.

Ils étaient bien reçus, et l’un comme l’autre, en tant que champion et membre du conseil, recevait des honneurs que Vika aurait préféré ne pas recevoir, mais il fallait reconnaitre que c’était agréable. Or, elle ne voulait pas se ramollir Par principe et par pressentiment.

Alors, après une brève revisite de la cité, d’architecture renaissance, Vika passait ses journées au dojo de la ville. Ses propres entrainements, comme ceux de son adversaire, se faisait à huis clos, mais elle pouvait observer à loisir, ceux des habitants d’Envilksholm. C’était intéressant de voir le style différent qui était enseigné. Les maitres privilégiaient d’autres arts martiaux humains, et n’avaient pas forcément les mêmes philosophies. Vika apprenait donc encore, bien qu’elle connaissait déjà individuellement chaque style. Elle pouvait ainsi supposer que son adversaire aurait lui aussi un style bien à lui.

Vika n’eut aucun mal à le reconnaitre quand elle le croisa, car, comme elle, il ne portait pas le même genre de vêtement que les habitants. Il venait faire un tour, dans le dojo. Après quelques pas, il vint vers elle, comme si c’était uniquement pour cela qu’il était venu. C’était un condor. C’était une race de métamorphe des plus rares. Il n’y en avait aucun à Alvilksholm. C’était en général des monstres de puissance, et surpassait en taille et en majesté les plus forts des aigles. Vika en était presque impressionnée. Presque.

Il dominait la jeune corbeau de quatre bonnes têtes, et d’au moins autant de décennies, voire plus. Il ressemblait à un vieux vétéran de guerre au visage fermé, dur, aux manières bourrues. Il s’adressa à elle avec une voix plus douce que ce qu’elle lui aurait donné, mais c’est le discours qu’il tint qui la surprit le plus.


« Salut gamine. Je serais bref. Abandonne, couche toi vite quand on se battra. Evites toi la souffrance, chétive corbeau. »

Vika manqua de lâcher un hoquet devant l’insulte, mais elle se reprit bien vite, et se fit aussi froide qu’un iceberg.

« S’il brille par sa taille, monseigneur condor, ne fait pas preuve de sa politesse et de son intelligence. Je vous retourne donc le conseil, et y ajouterais de ne pas sous-estimer son adversaire. »

Il fallait croire que ce n’était pas la réponse qu’il attendait vu la bouffée de chaleur qui monta en lui. Tant mieux… Il n’en serait que plus facile à vaincre. Son poing partit vite et fort, plus vite et plus fort que tout ce qu’elle avait vu chez un métamorphe oiseau. Mais pas assez pour la faire ciller alors que le mur craquelait derrière elle. Elle sourit.

« Laissez tomber les menaces, j’attends un peu mieux de vous. Ou peut-être ne le devrais-je pas ? »

Le second coup partit tout aussi vite, et bien qu’il était normalement interdit de s’affronter ailleurs que dans l’arène le jour convenu, la visait maintenant elle, et non le mur. Le poing rencontra un autre type de mur, qui tint bon ce coup-ci. Le doigt tendu de Vika. Elle écarta doucement le poing, et s’éloigna :

« Au plaisir de vous revoir le jour venu. »

Et sous le regard ébahis du condor, comme de toute l’assemblée du dojo, Vika se retira la tête haute. La côte des paris allait changer, elle en était certaine.

Elle n’était pas particulièrement fière d’elle d’avoir ainsi fait l’intéressante, car elle n’aimait pas se forger une réputation sur des fanfaronnades de ce genre. Mais se donner une image de faiblarde qui courbe l’échine sous les insultes n’étaient pas vraiment mieux. Le politicien qui l’accompagnait, un charmant héron avec lequel Vika s’était maintenant lié, comme on pouvait devenir l’ami d’un politicien bien plus influent qu’elle, c’est-à-dire avec le respect dû à son rang, approuva sa réaction. Le fait que son adversaire soit un condor l’inquiéta un peu, mais la façon dont elle avait pu bloquer son coup, bien qu’incompréhensible pour lui, le rassura. Pour lui, la toute-puissance du condor ne faisait aucun doute, surtout contre un corbeau de la taille de Vika. Et la demoiselle l’aurait approuvé moins d’un an plus tôt. Mais plus maintenant.

Le jour tant attendu vint enfin, et Vika eut enfin l’occasion de visiter l’immense arène de la cité. C’était le seul bâtiment qui tranchait avec l’architecture de l’époque, car c’était la structure qui rapportait gros, toute l’année à la ville. Au final, il ressemblait donc au plus grand stade de foot jamais construit, avec des écrans géants un peu partout, de l’éclairage, et un entretien quasi journalier. Cela servait d’arène pour les litiges les plus importants, mais aussi de lieu de rencontre sportive entre les cités, ce qui arrivait souvent, et se passait systématiquement ici. C’était d’ailleurs ce qui avait permis à Envilsholm de devenir une cité aussi florissante et influente.

Dans sa loge de préparation, gigantesque et luxueuse, Vika s’échauffait. Même la chambre du plus riche notable de sa ville à elle n’était pas aussi grande. La demoiselle corbeau était heureuse. Ce genre combat était l’accomplissement de sa vie, ce pourquoi elle était persuadée d’être née et de vivre. Qu’elle gagne ou qu’elle perde, son nom serait inscrit dans l’histoire des cités. Bon, elle comptait gagner, tout de même ! Les règles d’un combat de litige étaient des plus simples. Deux champions, le premier qui perdait connaissance ou qui déclarait forfait avait perdu. Les armes étaient autorisées, mais l’adversaire était informé de l’arme, et pouvait demander à ce qu’elle soit émoussée ou affaiblie, pour ce qui étaient des armes létales. La tenue était elle aussi libre. Vika avait laissée Sanguine au fourreau, dans la loge, et avait optée pour une tenue légère aux couleurs de sa cité, or et pourpre, qui la laissait libre de tout mouvement. Le condor l’avait fait avertir qu’il possèderait une claymore. Une épée à deux mains lourde, à la large lame. Une claymore humaine devait peser le même poids que Sanguine, mais une claymore aviaire devait, elle, compter dans la balance. Même émoussée, la lame suffirait à lui broyer les os si elle n’y prenait pas garde. Alors, elle n’avait même pas demandée à ce que l’arme soit affaiblie, ce qui avait fait ouvrir des yeux aussi gros que des œufs d’autruche aux arbitres. Malgré sa démonstration de force, elle partait perdante pour pas mal de monde. Elle comptait bien les surprendre.

Il était quatorze heures, et la porte s’ouvrit, lui indiquant qu’elle devait prendre le couloir qui l’introduirait directement dans l’arène. Vika s’y avança sans hésiter, un petit sourire sur les lèvres. Enfin. Elle arriva en même temps que la forme lointaine de son adversaire, sous un tonnerre d’applaudissement. La demoiselle corbeau en était presque intimidée, elle n’avait jamais vu autant de monde au même endroit, et tous la surplombait, avide de voir ce combat qui risquait d’être intéressant. La masse d’aura se mélangeait en une énorme entité d’excitation. C’était terriblement étrange.

Le terrain d’affrontement était bien plus grand que nécessaire, mais le départ se faisait de manière classique, à quelques mètres l’un de l’autre. Quelle ne fut pas sa surprise de constater qu’en plus d’une énorme claymore, le condor était bardé d’une armure dorée, intégrale, prenant même les ailes, les coinçant cependant, qui ne semblait pas le gêner le moins du monde. Certes, il était terriblement fort, mais sa protection devait aussi être une perle d’un forgeron renommé, pour avoir autant de fluidité dans ses mouvements. L’armure avait pour objectif d’arrêter net les coups, tellement les plaques étaient épaisses. En dessous, il ne devait avoir qu’une simple combinaison matelassée. Vika était plutôt impressionnée, mais plus par le travail de l’armure que par l’efficacité de celle-ci contre la demoiselle corbeau. Cela dit, aussi fluide qu’elle était, cela n’égalerait jamais celle qu’un oiseau pouvait avoir au naturel, et l’armure ne correspondait donc pas à ce que Vika pouvait attendre d’une telle protection. Et puis la couleur était un peu trop tape à l’œil, et ne serait pas assorti à ses ailes. SI ! C’EST IMPORTANT !


Le coup de sifflet retentit, l’arbitre n’était pas très loin d’eux, et le combat put commencer. Vika connaissait déjà sa stratégie. Enerver et épuiser le condor, afin que l’armure devienne une gêne, et l’achever quand il ne serait plus au top de sa forme. Simple, classique, et efficace. Elle s’approcha donc tout bonnement de lui en marchant, alors qu’il commençait à charger. L’affrontement ne faisait que commencer, mais le condor bouillonnait déjà, ce qui le rendait d’autant plus visible pour la demoiselle corbeau. Un pas sur le côté suffit à Vika pour esquiver le coup de tranche vertical qui la ciblait, et elle répliqua d’un coup de poing sur la hanche, sous l’aisselle, afin de tester la résistance de l’armure.

Le coup lui apprit deux choses. L’armure était, effectivement, très résistante, et Vika ne pourrait rien y faire sans pouvoir. Et celle-ci était recouverte d’une fine couche de pointe, ou de lame, elle ne parvenait pas à distinguer, qui lui entaillèrent le poing. Vicieux, très vicieux. Elle bondit en arrière d’un coup d’aile pour éviter la claymore, et lécha le sang qui commençait à perler sur sa peau, alors que le condor la fixait avec un air satisfait. Réjouis-toi, réjouis-toi. Tu n’es pas au bout de tes peines, grand oiseau. L’échange se poursuivit ainsi un bon moment, sans que Vika ne retente de contre-attaque, ne sachant si les pointes étaient présentes sur toute l’armure ou non. Cela en devenait comique, à mesure que Vika tournait le condor en bourrique par des esquives de plus en plus extravagantes, allant jusqu’à passer entre ses jambes ou lui sauter sur le casque.

L’assemblée alternait alors applaudissement et rire. C’était pourtant un simple statu quo. L’un comme l’autre ne se toucherait pas pour le moment, mais Vika se fatiguerait moins vite, si elle ne se trompait pas. Elle ignorait cependant l’endurance du condor, et serait forcé de passer à l’attaque dans peu de temps, qu’il y ait des signes de fatigue de son adversaire ou non. La rage elle, était là, c’était sûr, rendant de plus en plus prévisible les coups du condor et permettant à Vika de préparer ses esquives, deux voire trois coups en avance. Jusqu’à ce qu’elle entre en action. Elle se jeta tout bonnement sous la lame qui la visait, présentant son épaule nue, sous les cris de stupeur de l’assemblée, et encaissa le coup, à la grande surprise du condor, et de tous les spectateurs. Et oui. Surprise motherfucker. A peine le coup était arrêté sur elle, elle chargea son énergie, et de ses deux poings, elle frappa la lame en un unique point.

Mais le condor continua son mouvement, et lui entailla l’épaule, lui arrachant une légère grimace. Son sang commença à couler, ce qui satisfit grandement son adversaire. Jusqu’à ce que Vika attrape la lame entre sa main, bondisse en arrière, avec les trois bons quarts de la lame. Et vu la tête maintenant déconfite du condor, il n’avait jamais vu ça. Personne n’avait jamais vu ça, en fait. Elle profita de cet instant de stupeur pour prendre encore plus de distance, et de donner un second coup chargé à la base de lame qu’elle avait arrachée, y creusant un cylindre parfait et lui permettant de prendre la lame dans son poing. Sacrément lourd le bordel, mais c’était ce dont elle avait besoin, en fait.
Désarmé, le condor jeta rageusement la garde de sa lame sur le côté et se mit en garde de combat, ne semblant pas inquiété par la nouvelle arme de son adversaire. Grave erreur. Elle allait maintenant lui retirer son dernier avantage. Elle lui fonça dessus, planta son pied au sol, et après une volte, envoya la lame vers les jambes du condor.

Le choc suffirait à abîmer, voire tordre, les plaques de celle-ci, ce qui gênerait, cette fois, ses mouvements, et permettrait à Vika de démanteler, une par une, les pièces de l’armure, forçant le condor à la retirer. Sauf que celui-ci sauta, esquivant la lame. Ce que Vika avait senti dès qu’elle avait lâché le lourd bout de fer un peu tranchant. Elle bondit elle aussi, dans sa direction, et lui assena à la poitrine le coup le plus chargé qu’elle put.

Le condor vola littéralement jusqu’au fond de l’arène, complètement dépassé par la démonstration de force de la demoiselle corbeau. Qui elle avait cependant la jambe en sang, et un tonnerre d’applaudissement du public. Ils en avaient eu pour leur argent, mais dans la masse d’excitation et de délire, elle ressentait des pointes rouges de colère, et d’autres sentiments peu sympathiques à son égard. Sa victoire ne serait pas dans l’intérêt de tout le monde, c’était évident depuis le début. Mais elle venait aussi de montrer sa force, et ainsi, en même temps, qu’Avilksholm était loin d’être une petite cité mineure.

Le condor se releva après quelques secondes, un peu sonné mais encore conscient. Elle le laissa s’extirper, difficilement, de son armure défoncée, ce qui lui laissa amplement le temps de poser des bandages rudimentaires autour de sa jambe. La douleur était là, mais au moins, elle ne risquait rien, et n’était pas gênée. C’est alors que tout bascula.

Le condor se transforma, prenant sa forme animale géante, ce qui, à son échelle, équivalait à un rokh, sans les éclairs heureusement. Mais cela signifiait qu’il avait perdu, la transformation étant interdite. En contrepartie, cela signifiait qu’il comptait la tuer, et personne ne bougerait le petit doigt pour elle. Parce que personne ne serait assez fou pour empêcher un condor de cette taille et de cette force de fondre sur sa proie. Au même instant, des cris retentirent dans le public, alors que des soldats armés investissaient les gradins. Comment était-ce possible ? Vika n’y comprenait rien, mais elle devait agir, et vite. Ses pressentiments venaient de se confirmer. Quelque chose ne tournait pas rond depuis le début, et cela se confirmait. Elle décolla et fondit vers la loge des dignitaires, brisant la nuque du soldat qui levait son arme vers le politicien qui l’avait accompagné. Celui-ci était aussi abasourdi qu’elle. Les autres politiciens étaient soit parti, soit aux mains de soldat.

Il fallait croire qu’une cité avait décidé que les règles du jeu avaient changées. Et la victoire de Vika était le déclencheur de ces changements qui n’aurait pas été nécessaire si elle avait perdu. Rien ne va plus, faites vos jeux. Elle saisit son dignitaire, et le souleva comme si c’était une vulgaire plume, et elle décolla, alors que le condor fondait sur eux.

Bordel. Heureusement, un oiseau de cette taille avait du mal à manœuvrer. L’inconvénient était qu’il provoquait d’énorme bourrasque à chaque battement d’aile, ce qui rendait le vol difficile. Autant pour elle que pour ses éventuels poursuivants. Ballotée entre les vents contraires, elle parvint à quitter l’enceinte de l’arène, se dirigeant vers le centre de la ville. Ses options étaient limitées, mais la survie du dignitaire, qui préviendrait la cité, était primordiale. Alors, elle se résolut à faire quelque chose qu’elle n’aurait jamais pensé faire. Se dirigeant vers la place centrale, elle prit de l’altitude, ce qui provoqua la surprise de son politicien qui commenta alors, reprenant un peu de contenance :


« Euh… Vika, on a un condor qui nous a pris en chasse, et tu ne comptes pas te cacher dans la ville ? »

Elle savait ce qu’elle faisait, c’était le directeur qui lui avait appris.

« Faites-moi confiance. Vous avez vu ce que je lui ai fait au condor, non ? »

Le héron déglutit mais ne rajouta rien. La disposition de la ville était un classique chez les oiseaux. Et surtout, un classique dans les kekkai. Vika savait donc exactement comment celui-ci était constitué, parce que le directeur lui avait montré quelques tuyaux. La ville était circulaire, et le kekkai devait former un dôme. L’énergie pulsait depuis le sol, et s’étendait ensuite au-dessus de la cité. Le point culminant était, par conséquent, le point le moins fourni en énergie.

Le condor l’avait perdue dans la masse, mais ne tarderait pas à la repérer, vu qu’elle dominait maintenant tous ceux qui tentaient encore de voler. Mais elle avait largement le temps pour ce qu’elle voulait faire. Chargeant son énergie, elle montait maintenant en flèche, et alors qu’elle allait rencontrer la barrière bleutée du kekkai, elle y balança son poing en y déchargeant toute son énergie. Un éclair bleu zébra le ciel alors que l’énergie du dôme, perturbée par l’intervention de la demoiselle corbeau, tentait de se reformer. Ce qui laissa amplement le temps à Vika d’envoyer son politicien héron par le trou qu’elle venait de créer.


« Essayez de ne pas vous faire rattraper. On se revoit à la maison. »

[i]Et le kekkai se reforma, séparant Vika du monde réel à nouveau. Et avec le condor qui fondait maintenant sur elle, elle ne pouvait rebriser le kekkai à nouveau, surtout qu’elle risquait de le détruire pour de bon, ce qui serait bien trop fâcheux. Alors, elle devait foncer dans la gueule du loup. Enfin, du condor, et prendre une sortie plus normale.

Elle se laissa chuter, plongeant dans la ville, et dévia de sa trajectoire pour éviter de se faire gober au vol. Elle ignorait si elle pourrait avancer plus facilement, mais le sol lui paraissait bien plus sûr que les airs pour le moment. Alors, elle se posa dans une petite ruelle, en attendant qu’il lâche l’affaire. Mais ce qu’elle y vit la terrifia. Les règles avaient bel et bien changées. La philosophie non guerrière des oiseaux avait disparue, et des hommes d’armes se baladaient maintenant un peu partout, armé de lame comme d’arme à feu. Elle reconnut les couleurs de chacune des cités qui avaient voté contre la sienne.

Ils préparaient cela depuis longtemps, vu la martialité des soldats. C’était une opération d’envergure, et maintenant, on massacrait sans vergogne quiconque s’opposait à eux. Vika bouillonnait, malgré son sang-froid, et elle mourrait d’envie d’en découdre, et de tous les affronter. Mais le plus important était de s’enfuir, et elle ne pouvait se permettre de se battre maintenant. C’est alors qu’elle se souvint, elle avait laissé Sanguine dans l’arène. Naessala s’était enfuit depuis longtemps, mais n’avait pu lui prendre sa lame. Elle se changea elle-même en corbeau, et, se faisant passer pour un oiseau des plus classiques, rejoint sa loge. Vika entra par le mur, alors qu’elle se retransformait en plein vol, et se rhabilla en vitesse avec ces anciens vêtements, attacha le fourreau à sa ceinture, et repartit.

Dans le chaos ambiant, il n’était pas si dur de se déplacer sans attirer l’attention, mais elle n’avait pas effectué la moitié du chemin que les milices et les rondes s’étaient mises en place. Longeant les murs, profitant de chaque ouverture, elle parvenait à se faufiler vers la sortie, jusqu’à ce qu’on l’interpelle enfin. Elle ne prit même pas la peine de se retourner, les voyant de toute façon, qu’elle prenait déjà son envol. On cria, et on la prit en chasse. Elle dégaina son sabre, mais ne ralentit pas. On tira, aussi, mais elle était capable de prévoir la trajectoire des balles et de s’en éloigner. Décidément, son extralucidité lui rendait encore et encore service. Elle devrait peut-être remercié celle qui lui avait retiré ses yeux de leurs orbites…

La porte n’était plus très loin, et malgré ses poursuivants, elle pouvait sortir sans encore. Quand un cri perçant retentit au-dessus d’elle. Son cri était assourdissant, et elle se boucha les oreilles pour se protéger les tympans. Dans la mêlée générale, elle avait oublié un adversaire de taille, qui cette fois ne lui laissa pas l’occasion de l’esquiver. Serres en avant, il l’attrapa au vol avant qu’elle ne puisse réagir et la plaqua au sol, alors qu’elle érigeait en vitesse de quoi amortir son propre impact. Son atterrissage avait soulevé un immense nuage de poussière, et l’onde de choc avait repoussé les soldats au sol. Mais, coincée sous la serre du géant de plume, elle ne pouvait pas faire grand-chose. Autour d’elle, un cercle de pavé éclaté. Elle parvint à dégager un bras, alors qu’il assurait sa prise sur elle, surement pour la décapiter d’un coup de bec. Vika ne lui en laissa pas l’occasion. Frappant le sol déjà fragilisé, celui-ci s’effondra sous le poids du condor, le choc précédant et l’énergie relâchée, alors que Vika tombait dans l’eau malodorante des égouts, libérée de l’emprise des serres du condor. Celui-ci battait frénétiquement des ailes, à moitié emprisonné par les débris, et elle profita de ce temps pour continuer sa course vers la sortie.

Sortant de la même manière qu’elle était rentrée, elle s’engouffra dans la sortie du kekkai à grand renfort de poussière et de pavé. Quand ils comprirent ce qu’elle avait fait, elle était déjà loin.




A peine eu-t-elle atteint Alvilksholm qu’on l’amena au conseil, qui était en pleine réunion de crise. On la félicita tout d’abord pour sa victoire, puis le sauvetage du dignitaire. Puis on la convia à raconter ce qu’elle avait vu. Ce qu’elle leur expliqua confirma leurs craintes. De nombreux touristes n’étaient pas revenus, et ils devaient être morts ou retenus en otage. Elle fut contrainte ensuite d’assister à l’intégralité de la réunion, ce qui confirma ses craintes à elle. La cité était complètement démunie. L’idée de monter une armée avait été soulevée, mais elle serait bien dérisoire face à l’armée coalisée des cités adverses, même si les cités alliées faisaient fronts communs. C’était cependant mieux que rien, et l’entrainement commençait demain. Se posait cependant la question des armes, et Vika frémit à l’idée de voir entrer des armes à feu de guerre dans la cité.


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MessageSujet: Re: Guerre aviaire Lun 7 Nov - 16:23
Mais elle n’avait pas son mot à dire. Elle devrait pourtant, après ce qu’elle avait montré. Mais elle n’est que le bras, pas le cerveau, quand bien même elle avait ses propres responsabilités à gérer au lycée, avec le comité, et les conséquences qui en découlaient valaient bien celle de la cité. Elle comptait, cependant, se plier à la décision du conseil, qui finalement adopta une position défensive, en se préparant le mieux possible à l’hypothétique assaut.

Elle se plierait à leur décision, c’était ce qu’elle avait décidé. Mais sa détermination s’effrita alors qu’elle rentrait chez elle, et qu’elle découvrit ses deux parents avec des têtes d’enterrement. A peine eu-t-elle poussée la porte du salon qu’elle comprit. Sa mère, en larme, était blottie dans les bras de Svenka, qui leva vers sa fille un regard triste.

Elle était déjà bien remontée qu’on s’en prenne ainsi à elle, à des innocents, en rompant plusieurs années de tradition, mais elle était capable de prendre sur elle, et d’accepter la décision de sa hiérarchie. Mais qu’on s’en prenne à sa famille…

« Il était parti me voir combattre ? »

Sa voix était froide, quasi impersonnelle. Elle comprenait maintenant certain comportement que pouvait avoir Adam. Ou même n’importe qui en fait. Vika avait dû grandir trop vite, mais rien ne l’avait préparé à cela. Elle n’avait toujours impliqué qu’elle, s’était toujours débrouillé pour sauver tout le monde, ou presque. Mais elle n’avait jamais perdu quelqu’un. Un nouveau monde s’ouvrit à elle, en brisant l’ancien.

Son père hocha la tête, et Vika fit quelque chose qu’elle faisait rarement. Elle improvisa, en plein chaos mental. Si elle était restée blanche, totalement, et avait continué à renier son sombre côté, peut-être aurait-elle pu réagir de façon posée. Mais plus maintenant. Elle partit en trombe vers la cheminée, dévoilant ainsi, immédiatement, ses intentions à son père, qui n’essaya même pas de l’en empêcher. Elle se saisit du tison pour appuyer sur une des pierres du fond de l’âtre, et disparue par la trappe qui venait de s’ouvrir. Elle descendit d’un pas résolu l’escalier en colimaçon qui donnait sur la pièce secrète de la famille. C’était ici que se trouvait tous les documents liés à la famille, tous les trésors familiaux. Et ce qu’elle venait chercher. Une relique d’une lointaine époque, et portant conservée et entretenue comme le plus grand des bijoux. De feu son arrière arrière arrière et beaucoup d’arrière grand-père, l’armure noire des Nightwing.

C’était un peu ce que lui léguait Vilkas. C’était lui qui lui avait montré cette pièce. C’était lui qui lui avait raconté les histoires de leurs ancêtres. Et c’était lui qui avait fait modifier l’armure, pour elle, comme s’il savait qu’elle aurait à s’en servir un jour. C’était son dernier cadeau, et elle allait le venger en s’en servant. Et mettre fin à toutes ces conneries, au passage. Contrairement à celle du condor, l’armure était légère, et surtout, incomplète, afin de laisser la liberté totale de mouvement qui était nécessaire à son art. Ainsi, l’armure était un assemblage complexe de plaque articulée sur les parties fixes du corps, reliés entre eux aux endroits mobiles. Son père avait failli hurler au blasphème en voyant ce que l’armure de plaque complète était devenue, mais quand il l’avait vu sur Vika, il avait changé d’avis, et ne fit qu’une petite crise de nerf gentillette. Le métal avait été réduit et allégé, pour une protection certes moindre, mais suffisante. Les gantelets, eux, étaient restés, volontairement, aussi lourd qu’avant, et les phalanges se terminaient par des lames, augmentant légèrement la portée du poing, et sa létalité. Le plastron et le casque étaient deux merveilles richement décorées de gravures, de dorure et de quelques pierres précieuses. Enfin, les ailes étaient protégées elles aussi, par un dispositif qu’elle avait maitrisé depuis longtemps, une doublure d’aile d’acier fin, tranchant, transformant ses deux appendices noirs en arme.

Son père descendit enfin alors qu’elle finissait de l’enfiler, et qu’elle attachait son katana à sa ceinture. Il s’arrêta en la voyant, comme la première fois qu’elle l’avait mise, et comme à chaque fois qu’elle s’était entrainée avec dans cette salle. Mais il se reprit, s’avança vers elle, et la prit dans ses bras, la serrant fort contre lui. Des larmes silencieuses coulaient sur ses joues, mais il restait digne, comme tout politicien qui se respecte.


« Vika. Ma fille. Fais leur payer. »

Il relâcha son étreinte sur une Vika un peu surprise d’un tel discours, mais encore plus résolu. Elle quitta le manoir, après avoir embrassé sa mère, et quitta la ville, malgré les protestations des gardes. Mais personne ne tenta de l’arrêter. Personne n’était assez fou pour cela. Elle laissa Naessala avec sa famille. Elle ne doutait pas qu’il préparerait un plan d’action digne de ce nom, vu qu’elle leur avait maintenant forcé la main.

L’entrée des kekkais n’était jamais gardé, pas dans le monde extérieur, car c’était tout sauf discret. Mais une fois le tunnel passé, elle aurait toute la ville sur le dos. Ou plutôt, c’est toute la ville qui allait l’avoir sur le dos. Elle se posa devant l’ouverture, et fit quelque chose qu’elle n’aurait jamais pensé faire. Elle inversa les rôles. Vika se projeta dans sa tête, et en quelques secondes, condensa tout ce qu’elle y avait créé en une unique boule qu’elle prit entre ses mains. Elle remodela alors la terre en friche qu’elle venait de faire, pour y laisser une seule et unique place forte, un phare, comme pour se souvenir… Elle y plaça la boule, et lui laissa le contrôle.

Elle se matérialisa complètement, de nouveau séparée. Elle était surprise, d’ailleurs. Ce côté tant détesté qui avait rejoint celle qui l’avait créée était de nouveau en dehors d’elle. Ce qui la mise hors d’Elle, et elle se rua sur la Vika blanche, qui l’arrêta d’un simple geste.

« Je suis toujours toi. Tu es toujours moi. Mais aujourd’hui, j’ai besoin que tu sois toi, sans moi. Je reste ici, et t’offre le contrôle. Je nous rassemblerais quand il le faudra, mais pour l’instant j’ai besoin de toi comme tu es actuellement. Et tu sais pourquoi.»

Elle hocha la tête, et Elle s’éloigna, la laissant seule dans son phare blanc, alors qu’Elle changeait en ces lieux ce qui avait besoin d’être changé. Elle en ressentit chaque variation. Elle ressentit chaque sentiment, chaque canal qu’Elle creusait. Il était d’ailleurs intéressant de voir qu’Elle avait appris de Vika autant que Vika en avait appris d’Elle. Mais les finalités étaient différentes.

Une fois que tout fut prêt, Elle s’engagea dans le tunnel. Chaque pas en avant éclatait dans son esprit comme une bombe. Colère. Haine. Soif de sang. De Pouvoir. L’envie, irrépressible de tuer, de provoquer la souffrance, la peur chez l’être plus faible. Chaque nouveau pas était de l’énergie qui s’accumulait, au point qu’elle ressentit les canaux se creuser encore plus profondément, les pales des moulins d’élargir pour capter la force du torrent de ces émotions. Vika avait choisi la bonne voie. Elle aurait fait une tueuse des plus terrifiantes. Ce n’était pas le cas. Mais ça l’était aujourd’hui.

Elle déboucha sur la cité, sabre au clair, hurlant sa rage, amplifié par son mental. Toute la cité était au courant. Tant mieux. Immédiatement les gardes affluèrent, et Elle se mit en marche. A chaque pas, elle tranchait un bras, une tête, ou déviait une balle. A chaque pas, elle tranchait une gorge ou perçait un œil de son poing. A chaque pas, quelqu’un mourrait. Souvent lentement. Douloureusement. Et à chaque mort, son sourire dément s’élargissait, à mesure que le courage de ses opposants s’amenuisait.

Personne, et surtout pas l’entrainement, ne les avait préparé à cela. Chaque pas qui La rapprochait du bâtiment du conseil jonchait un peu plus le sol du sang des oiseaux assez fous pour encore oser s’approcher. Ceux, plus prudent, qui lui tiraient dessus se rendaient tout aussi vite compte que s’était inutile, alors que son sabre volait pour intercepter chaque projectile qui pouvait La toucher. Une machine de guerre, implacable et indestructible.

Les pavés étaient devenus glissants avec le sang de tout ceux qui s’étaient mis au travers de son chemin. Elle n’aurait pu dire combien de bras Elle avait tranché, elle n’aurait pu dire combien de gorge elle avait ouverte. Mais le sourire dément qui s’étalait sur son visage signifiait que s’était de loin suffisant pour la ravir au plus haut point.

Elle était à mi-chemin du conseil quand les rangs de ses assaillants s’éclaircirent. On lui reservait une surprise, qu’elle entendit venir à des kilomètres. Elle décolla en signe de défi. Le condor gigantesque fondit sur elle, bec en avant.

Elle l’arreta de sa main tendue en avant, brisant son bec dur en y plantant ses doigts. Elle éclata de rire quand Elle le balança sans vergogne au sol en le faisant passer au-dessus d’Elle, provoquant un petit tremblement de terre et la destruction de plusieurs maisons. Dommage collatéral. Elle fondit sur la gorge exposée de ce piètre adversaire qui tentait en vain de se redresser. Sa lame s’enfonça jusqu’à la garde, et en touillant un peu elle parvint à élargir suffisamment la blessure pour qu’elle en devienne mortelle. Le sang jaillissait à gros bouillon et manquait de l’emporter. Elle s’accrochait en riant à sa lame. Son armure noire était recouverte d’une croûte de sang séché, ses cheveux étaient collés à son dos, poisseux. Tout ce qu’on voyait d’elle était rouge et sale. Ce n’était pas très confortable, mais étrangement, Elle s’en fichait, et s’en réjouissait même.

Elle parvint à s’extraire du torrent noir et rouge, et reprit sa route, abandonnant son ancien adversaire qui convulsait en poussant des cris gargouillant. Elle ne pouvait même plus voler, ses ailes étant détrempées de sang, mais plus rien n’osa se dresser sur sa route, jusqu’au parvis du conseil. Elle fut alors encerclée au milieu de la place par plusieurs cohortes de soldats, armées de cet ancien tabou qu’étaient les armes à feu. Décidément, la chair à canon n’apprend jamais rien.
Elle stoppa son avancée et les toisa, un rictus moqueur lui barrant le visage. Ils firent feu, et les balles ricochées sur ses défenses. Elle éclaté de rire en brandissant sa lame sous le déluge de balle, et planta Sanguine dans le sol, libérant une onde d’énergie pure qui balaya ses assaillant comme des fétus de paille.

Elle reprit son avancée mortelle, brisant la porte gigantesque du conseil d’un coup de pied. Mais dès qu’Elle passa le seuil du bâtiment, Elle se stoppa net.


« Reviens avec moi. »

Elle se tendit, hésita. Elle était si bien, Elle en voulait plus. Mais elle avait promis, et elle ne voulait plus être seule comme avant. Alors, elle lâcha prise. Dans son esprit, le phare disparu, les ténèbres aussi, et l’esprit verdoyant de Vika reprit son aspect normal. Elles ne faisaient plus qu’une de nouveau.

Et l’horreur de la situation frappa Vika. Elle qui n’avait pu qu’assister passivement au massacre sans aucune sensation physique venait de recevoir tout ce qu’elle n’avait pu qu’imaginer. Le sang, la mort, tout puait autour d’elle et la frappait d’autant de coup que si elle s’était réellement battue. Elle ôta précipitamment son casque et vomit en se tenant au mur. Elle n’osa pas se retourner pour contempler l’étendue de la tuerie.

Il lui fallut plusieurs minutes pour se reprendre. Les sentiments de joie intense irradiaient encore en elle, et elle voulait qu’ils s’estompent, nuancés par son autre côté, avant de continuer. La scène devait être comique. Elle qui venait de décimer tous ses ennemis attendait maintenant sagement à l’entrée. Son souhait le plus cher était une bonne douche chaude, et une bonne tisane au miel, mais elle devait terminer cela une bonne fois pour toute.

Elle se dirigea enfin vers la salle principale. Elle entra dans l’amphithéâtre du conseil, découvrant les cerveaux de toute cette machination. Et ils étaient nombreux. Il y avait des délégations de plusieurs cités dont elle reconnut les couleurs. Les politiques capturés étaient aussi présent en spectateurs. A vu de nez, deux tiers des cités aviaires étaient impliquées dans le complot. Et puis, Il était la. Elle l’avait senti avant, bien avant d’entrer. Celui qui était à l’origine de tout cela. Ce n’était pas un oiseau. C’était un autre monstre, un étranger. C’était lui qu’elle était venue tuer.

Son entrée provoqua l’effroi des politiques, qui ne devaient surement pas imaginer qu’elle puisse ainsi décimer ses opposants. Et puis il fallait dire qu’en armure noire couverte de sang, elle était sacrément flippante. Elle sentit aussi la chaleur de l’espoir étreindre le cœur des captifs.


« Bienvenue Vika. J’espérais te rencontrer en personne. »

L’intéressée fit quelques pas dans le conseil, aussi détendue que possible.

« Moi aussi, j’avais hâte de mettre fin à tout ça. C’est vous que j’aurais dû affronter dans l’arène, on aurait gagné vachement de temps, et je n’aurais eu à tuer qu’une personne et pas toute une armée. »

Puis, d’un ton aussi insultant que possible, elle ajouta…

« Mais, t’es qui en fait ?»

Elle sentit la colère monter en lui. S’en était presque trop facile.

« On m’appelle Viktor, chef de division de Fairy Tales. Celui qui est chargé de t’éliminer depuis que tu es devenue plus qu’une simple gêne pour nous. Tu seras surement ravie d’apprendre qu’un autre chef sévit actuellement dans ton lycée. Diviser pour mieux régner, ça te parle ? »

C’était au tour de Vika d’accuser le coup. Un chef de division ? Pas mal. Mais ce qui la gênait le plus, c’était l’idée que le lycée étant en danger et qu’elle n’y était pas. Sa surprise ravit son ennemi qui sourit, dévoilant ses canines. Un vampire. Voilà qui promettait d’être intéressant. Elle reprit sa contenance. Un problème à la fois. Se concentrer sur l’instant présent et ce qu’elle devait y faire.

« C’est quand on envoit deux connards à la mort dans deux endroit différents plutôt qu’un seul à la fois ? »

Elle décolla alors qu’il fondait sur elle, rapide, plus qu’elle, s’en était certain, mais elle était plus réactive.

« Tout doux, batman. Je suis à toi dans deux minutes. Laisse-moi parler un peu avec ces messieurs, et je viens te charcuter. »

Elle l’esquiva encore une fois, il était trop prévisible, et lui balança un coup de pied qu’il para mais qui l’envoya tout de même valser au loin.

« Mes chers amis, si je m’occupe de ce petit vampire ici présent, j’ose espérer que vous mettrez fin à tout ce bordel. Ou je viendrais y mettre fin personnellement, vous pouvez me croire. Maintenant, cassez-vous. »

Certains déglutirent, mais tous s’empressèrent de quitter la salle. Le vampire bouillonnait de rage un peu plus loin. Il fulminait, irradiant d’un rouge feu flamboyant.

« Allez, viens là la chauve-souris »

Elle-même devait maintenant dégager une aura visible pour un humain tellement elle était forte. Pour la première fois depuis longtemps, elle mobilisait l’intégralité de son corps, chacun de ses cellules, pensées, actions, tout était tourné et transformé en énergie pour le combat titanesque qui l’attendait. Il était de loin l’adversaire le plus terrible qu’elle ait eu à affronter.
Ils fondirent l’un sur l’autre, échangeant leurs premiers coups. Elle constata que ce n’était pas n’importe quel vampire, et il constata qu’il n’était pas n’importe quel métamorphe corbeau. Il parvenait à la blesser malgré ses barrières, chaque coup qu’il lui infligeait exhalait de l’énergie pure, tout comme elle. Mais cela semblait inné pour cette race, contrairement à elle, qui avait durement acquis ce contrôle. Ce qui offrait plus d’avantage que de l’avoir immédiatement. Il était plus rapide, si bien qu’elle abandonna vite sa lame, dont l’allonge ne l’aidait plus, et repris le combat au poing.

Elle essayait de dévier les coups, plutôt que de les recevoir, mais elle manquait de vitesse et était souvent contrainte d’encaisser. Il était heureusement aussi lisible qu’un livre ouvert et elle parvenait à frapper quand il le faisait aussi. Chaque attaque était d’une grâce et d’une violence inouïe. Chaque mouvement de Vika était calculé au millimètre prêt,  conservant un maximum d’énergie pour un combat qu’elle pensait long, très long. Grave erreur.

La transition fut aussi terrible qu’inattendue. La puissance qu’il dégageait était telle qu’elle déglutit, ravalant vite le tout après avoir reçu le coup de pied le plus magistral qu’elle avait jamais encaissé, alors qu’elle pensait parer un coup de poing d’égale puissance. Maintenant Vika savait d’où son ancien maitre avait obtenu son étrange pouvoir. Toute sa façon de combattre s’effondrait. Elle qui était aveugle l’était pour le coup bel et bien pour la première fois. Elle devait trouver quelque chose, et vite. Alors elle fit ce qu’elle faisait instinctivement quand elle était dans l’expectative. Elle stockait. Elle s’illuminait de plus en plus, au point de ressembler plus à une forme d’énergie qu’à une personne réelle. Son armure défoncée lui compressait les poumons et elle avait du mal à respirer. La demoiselle corbeau ne tiendrait pas longtemps.

Elle reçut encore une nouvelle série de coup qu’elle ne pouvait que tenter tant bien que mal d’éviter. Elle était une proie facile. Physiquement seulement…  Le vampire s’amusa de longues minutes avec elle, la ruant de coup gentillet, et s’amusant de son impuissance. Elle tomba à genoux et baissa la tête. Elle commençait à les connaître. Il était comme Ulki, il était comme Ruby. Il ferait comme tous les autres, et encore une fois, cela lui desservirait. Vaincue, elle ne bougea même pas pour tenter d’éviter le poing qui lui brisa la mâchoire. Elle ne rayonnait plus.


« On fait moins la maline maintenant qu’on ne peut plus parler. Je suis déçu, à vrai dire. Moi qui espérait presque un combat intéressant…»

Il la souleva de terre en l’attrapant par la gorge. Elle crachait du sang, et était salement amochée. Il allait la briser comme si elle était en verre. Faiblement, elle leva une main vers lui. Dedans rayonnait une petite boule d’énergie, grosse comme une bille. Il éclata de rire devant la futilité de son action.

« Voyons… C’est loin d’être suffisant. Tu peux faire mieux ? »

Elle grimaça pour parvenir à articuler les quelques mots qu’elle put.

« Mais je suis sure de ne pas te louper, cette fois. »

Elle lui attrapa le bras de son autre main, refermant sa poigne d’acier sur un vampire qui ne s’y attendait pas, et toute l’énergie qu’elle avait accumulée et compressée dans cette petite bille se relâcha en un flash de lumière et un tremblement assourdissant. La main qui lui enserrait le coup se desserra lorsque le bras qui allait avait s’arracha du corps du vampire. Aussi brève que puissante, l’attaque ne dura que le temps du flash, et la douce chaleur du soleil caressa son visage. Elle venait de détruire une bonne moitié du bâtiment, et le kekkai vacillait sous le choc.

Le vampire tenait encore debout. Il la contemplait incrédule, baissant les yeux vers le trou béant qu’était son côté droit, perforé. Une blessure mortelle, même pour un vampire. Il s’effondra sans comprendre sa défaite.

Vika aussi tomba au sol. Elle commençait à en avoir marre de ces conneries. Elle allait finir par défier fairy tales en entier, pour avoir enfin de vraies vacances. Elle défit tant bien que mal les attaches de son plastron qui tomba avec un fracas métallique qui se répercuta dans les couloirs vides. L’air qui lui manquait s’engouffra dans les poumons. Elle était forte. Elle venait encore une fois de le prouver.

Grimaçant, elle recala sa mâchoire d’une torsion de poignet sèche. La demoiselle corbeau, couverte de sang devait faire peine à voir. Mais elle rayonnait tellement de charisme et de puissance qu’elle en était sublime. Elle prévint son familier, et la troupe formée à la va-vite par sa cité investit celle qu’elle venait de faire capituler.

Les secours la trouvèrent rapidement grâce à son familier et elle fut expatriée sans problème, tandis qu’un groupe d’intervention s’occupait de rassembler ce qu’il restait des têtes pensantes de cette opération. Tous les oiseaux la regardait avec un respect nouveau, mais aussi de la peur. Il était difficile de manquait les cadavres qui jonchaient l’avenue entre la porte et le conseil. Mais cela avait été nécessaire, alors, elle ne le regrettait pas. Elle aurait peut-être pu faire autrement, elle aurait surement fait autrement si elle n’avait pas fusionnée avec Elle lors de l’incident avec Greg. Mais elle aurait été tuée par le vampire sans ce pouvoir.

On la ramena à Avilksholm, où elle fut soignée correctement, et forcée à garder le lit une journée malgré l’urgence de la situation au lycée. Elle devait agir. Ne serait-ce que pour oublier. Oublier la peine qu’elle avait sur le cœur en la noyant dans l’adrénaline du combat. On lui avait pris son oncle.  Bouillonnante, elle finit par s’en aller, en laissant un simple mot, mais la plus percutante des excuses.

Le lycée n’avait qu’à bien se tenir, c’est moi qui vous le dit…
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